jeudi 18 août 2022

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CYBERSIX T1 de Carlos Meglia et Carlos Trillo

Cybersix Tome 1 couverture
Titre : Cybersix T1

Auteur : Carlos Meglia et Carlos Trillo

Editeur : Vents d’ouest

Année : 1994



Résumé :

La ville de Meridienne. Une ombre
féminine hante les nuits et les toits de cette mégalopole
monstrueuse. Il s’agit de Cybersix, femme née de manipulations
génétiques qui a fui le camp secret de son géniteur pour se cacher
dans cette cité sous l’identité volée de Adrian Seidelman,
professeur de Littérature. Cybersix cherche la paix mais elle a deux
problèmes. Le premier: la traque qu’a lancée son créateur, le
Docteur Von Richter, en lâchant toutes ses créations à ses
trousses. Le second : la jeune femme doit se nourrir d’une substance
qui ne coule que dans les veines de ses ennemis, une substance
qu’elle leur dérobe comme un vampire vole le sang de ses victimes.
Sa survie va devenir de plus en plus compliquée et les doutes vont
surgir en elle : A quelle place peut prétendre un « monstre
génétique » comme elle dans le monde d’aujourd’hui ? A-t-elle
droit à l’amour ? Mérite-t-elle de vivre ?




Notre avis :

Cybersix navigue entre le fantastique,
le drame et le récit de super-héros. Empruntant habilement ses
codes de droite et de gauche, Carlos Trillo les remélange et nous
les restitue de façon surprenante. Mêlant la manipulation génétique
au mythe du vampire, le thème de la quête d’identité à l’humour,
le quiproquo amoureux au polar urbain, l’auteur nous entraîne là où
on ne l’attend pas. Même si, parfois, certaines situations sont un
peu exagérées – il faudrait quand même que Cybersix finisse par
comprendre que des gens peuvent facilement la suivre, vu le nombre de
personnages qui la repèrent, ça l’aiderait un peu à éviter les
embrouilles -, l’ensemble est assez prenant.

D’autant que Trillo n’hésite pas à
enrichir l’histoire de références autres, comme Pessoa, omniprésent
dans les livres de Seidelman, les citations ou encore cet affreux
bambin amoral qui ressemble étrangement à un certain Adolf tyran et
monstre du siècle dernier.


Les aventures de Cybersix se décompose
en de nombreux épisodes de quelques pages. Chacun est une aventure
indépendante mais fait partie d’un tout. Car, mine de rien,
discrètement, l’histoire avance. De nouveaux personnages
apparaissent, des intrigues se nouent ou se dénouent et l’on
s’attache, presque malgré soi, à l’histoire de cette femme qui se
demande si elle peut prétendre à l’humanité.

Cette BD, en effet, à côté de
l’action, de l’amour et du suspense, ajoute une touche de réflexion.
Bien avant les Real et Being Humans et bien après Frankenstein, la
créature du savant fou s’interroge sur sa place dans ce monde. Et,
indirectement, nous interroge sur la place de la génétique dans
notre univers.

Trillo s’appuie sur des faits réels
avant de basculer dans la fiction. Des faits intrigants qui nous
poussent à la réflexion.

je reproche à cette BD son choix, dès
la page de garde, d’une police compliquée à lire et même agaçante
à déchiffrer. Même chose pour l’introduction de l’auteur et pour
le quatrième de couverture. C’est bien dommage.

Par contre, ces petites citations qui
ponctuent les mésaventures de Cybersix sont d’excellentes idées.
Malheureusement, je constate qu’elles s’amenuisent au fur et à
mesure des pages et elles me manquent cruellement à la fin. En
effet, ces courtes phrases contribuent à l’immersion dans cet
univers sombre.

Notons que ce premier tome comporte
cent quatre-vingt-douze pages et qu’il finit sur une accroche qui
donne bien envie de lire la suite. En tout cas, j’ai beaucoup aimé
et je vous recommande, même si pour l’instant, la série se compose
quand même de douze tomes aussi conséquent.

Le découpage court vient du fait
qu’elle est d’abord parue dans le magazine Skorpio en 1992. Cette
série argentine a su trouver un souffle original grâce à Carlos
Trillo mais ce serait oublier l’importance du travail graphique de
Carlos Meglia !


La BD est totalement en Noir et blanc.
Sauf les couvertures qui posent personnage et élément de décor en
noir et blanc sur des fonds colorés et dégradés.

Mais une fois la première page
ouverte, je suis resté bluffé par le trait de Meglia. Ils nous
entraîne dans les rues sombres de Meridienne et la ville développe
son âme avec ses toits gothiques et ses quartiers mal famés ! Même
si la première double page qui nous révèle Cybersix est un peu
confuse, on ne peut qu’admirer le talent du dessinateur à poser ses
décors et ses personnages.

Non seulement la BD est en noir et
blanc mais elle ne comporte aucun gris. Tout se joue sur les
contrastes et les zones d’ombre d’où ressortent parfois un regard,
un visage, une main…

Les personnages ont un style certes peu
réalistes, ce qui contraste avec la ville, mais qui apporte tout son
style à cette BD et n’en demeurent pas moins très expressifs. Leurs
sentiments se lisent le plus souvent sur leurs visages.

Cybersix renvoie au Shadow avec son
manteau et son chapeau à larges bords. Ses déplacements aériens
sont vertigineux.

Le découpage reste assez simple et le
travail de mise en scène repose plutôt sur ce jeu entre ombre et
lumière. J’oserais même dire que dans les pages où se mêlent
grands dessins et petites cases, il est facile de se perdre. L’ordre
des phylactères, les décors chargés empiétant sur une case,
nuisent à la lecture. C’est finalement dans le classicisme de la
mise en page que ressort tout le talent de Carlos Meglia à jongler
sur les contrastes et les angles de vue.



Cybersix est donc une belle BD doté
d’une histoire intrigante ! Elle parle d’amour, de sexe, de drogue,
de violence et cet aspect honnête sur les méandres d’une grande
ville pourrie par l’intérieur la rend d’autant plus intéressante.
Tellement intéressante qu’elle fut adaptée en anime !


Une saison de douze épisodes
coréalisée entre le Japon et le Canada. Afin de toucher un large
public, l’histoire fut bien édulcorée – finies les allusions
sexuelles, à la trappe Pessoa, au revoir le côté vampire et exit
la violence sanglante ainsi que le côté sombre de Meridienne, en
tout cas dans l’épisode que j’ai vu – et, même si la série est
bien animée, c’est regrettable. C’était sans doute encore l’époque
où l’on pensait que les dessins animés n’intéressaient que les
enfants !

Heureusement, cette époque est révolue
! Pas vraiment ? Pardon… Mais Myazaki, Les Simpson… Pas en France
? Mais Corto Maltese, Les triplettes de Belleville… Pas à la Télé
Française ? Mais Silex and the City, Les lascars… Pas de grande
série animée dramatique produite en France et diffusée à la Télé
? Monster sur France 4 ? à 23h le WE. Et c’est Japonais. Oui,
effectivement. C’est dommage.

Revenons à la mignonne Cybersix et ses
amis : BD fleuve, émouvante, drôle, récit fantastique, relecture
du mythe du super-héros, merveilleux travail du duo Meglia et Trillo
!



J’espère que vous prendrez autant de
plaisir à les lire que moi à les relire. Tiens, si j’allais me
procurer les œuvres de Pessoa…


La rencontre : Zéda croise le chemin de la belle Cybersix

un strip de Zéda : Cyber Hat
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