lundi 8 août 2022

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Alack Sinner, flic ou Privé – la chronique enquêtrice

Couverture Alack Sinner flic ou Privé de Munoz et Sampayo chez Casterman
Série
: Alack Sinner

Titre
: Flic ou Privé

Auteurs :
Carlos Sampayo (scénario), José Munoz (dessin)

Éditeur :
Casterman

Collection
: A Suivre

Année :
1983

Pages
: 172





Résumé :

Alack
Sinner débarque dans le « Bar à Joe ». Un journal, une
cigarette et le juke-box pour passer « Sherryl Blues » de
Charlie Parker. Et puis l’alcool aussi. Le soir arrive. Alack est
toujours là, commandant à boire pour cuver de la journée.

Joe,
le gars du bar, le rejoint et les deux hommes commencent à bavarder.
Alack raconte comment c’était du temps où il était dans la
police… Et comment c’est maintenant qu’il n’y est plus.



Mon
avis :

Alack
Sinner est l’archétype même du privé ! Fermé, gardant ses
distances avec le monde extérieur, s’exprimant le plus souvent par
une voix off assez ironique. Mais doté d’un cœur gros comme ça et
qui s’attache assez vite aux paumés comme lui. La différence
principale étant que les autres paumés n’ont pas le recul d’Alack
pour anticiper ce qui les attend.

Ce
recueil constitue le premier opus de ses aventures parues chez A
Suivre en 1983. Mais les toutes premières enquêtes du détective
démarrent quelques années plus tôt, en 1977, avec une histoire qui
sera rebaptisée « Viet Blues » pour être réédité
chez A Suivre en 1986.

Revenons
à « Flic ou Privé », BD composée de plusieurs récits.
Sept au total. Des récits qui s’enchaînent, parfois liés entre eux
et parfois non. Avec des personnages revenant d’une histoire à
l’autre, ou pas…

Enquêtes
policières, déambulations et rencontres hasardeuses, disputes de
voisinage… Au fond, il s’agit toujours d’errer dans les quartiers
interlopes de la grande ville, entre des voyous hyper-violents et une
police corrompue. Tout ce beau monde ayant la gâchette facile. Un
peu trop même…


Tout
amateur de polar avancera en terrain connu et tout néophyte prendra
plaisir à découvrir les codes de ce genre maniés à merveille par
Carlos Sampayo.

Mais
alors, me direz-vous, pourquoi la magie opère et pourquoi
passerait-on du temps à lire Alack Sinner au lieu d’un bon Sam Spade
ou d’un sempiternel épisode de Mike Hammer ?

Tout
d’abord, ces histoires d’une trempe classique proposent des aventures
pour le moins originales. Et Ensuite, pour le style inimitable de
José Munoz, bien sûr ! 
Page de Alack Sinner flic ou Privé de Munoz et Sampayo chez Casterman
 Parce que c’est beau…
 


La
BD est en noir et blanc, sauf la couverture. Mais le jeu de couleurs
utilisé pour cette couverture laisse imaginer la beauté différente
mais tout aussi envoutante que la couleur pourrait apporter à ces
histoires.

Je
ne rentrerai pas dans l’éternel débat du noir et blanc contre la
couleur pour des histoires comme celle-ci ou pour des Corto Maltese
car ce sujet présente, dans notre cas, peu d’intérêt ou alors
mériterait un article à part entière. Ce qui en présente bien
plus, à mon avis, ce sont les dessins en eux-même et l’utilisation
du noir et blanc.

La
deuxième histoire de ce volume, « l’Affaire Webster »,
n’est pas sans rappeler le Hugo Pratt des débuts. Dessins réalistes
mais fort contrastés où le noir prend une place prédominante. Et
puis ce style de visage, non, y a pas à dire, on sent l’influence de
Pratt chez Munoz. Mais les autres récits, eux, semblent d’époque
plus tardive (là, c’est mon interprétation personnelle, rien de
fondé) et ont su s’affranchir de cette patte. Munoz a trouvé sa
manière de dessiner, de s’approprier non plus les visages mais bien
les gueules qui traversent de part en part, de page en page, et même
de case en case ses récits.

Avec
toujours ce jeu fort de la place du noir dans son noir et blanc. Le
noir de certains endroits effaçant les contours des personnages
vêtus de noir. Qui deviennent alors ombres et dont certaines parties
émergent de l’obscurité dans un blanc éclatant.

Mais
à côté de ce qu’on ne voit pas et qu’on devine, il y a ce qu’on ne
peut pas ne pas voir, la galerie de caractères des passants. Je
pourrais presque dire que cette BD est une foire à Freaks, tant les
figurants, les silhouettes, mot prenant pleinement son sens dans
notre cas, prennent corps et sortent complètement des canaux
standards des archétypes des passants se fondant dans la masse. En
fait, le seul qui peut se fondre dans la masse, c’est Alack Sinner.
Tous les autres ont des visages biscornus, éraflés, des proportions
tranchées, grosses, maigrichonnes… Disproportionnées. Un
véritable palais des gueules cassées de second plan. Et un régal
pour les yeux !



Les
dix premières pages sont muettes et nous suivons Alack dans son bar
préféré. Où le noir est magnifiquement utilisé. Les cases
s’équilibrent dans la planche et Alack, de noir vêtu, se perd dans
l’ombre d’un coin du bar, ressassant sa vie. Sur la musique de Lou
Reed et de Charlie Parker.



Musique
présente tout au long de l’album, prenant une importance plus ou
moins grande. A la radio, au juke-box, dans la rue… Le son prend
corps, confirmé par la couverture.

Dans
le récit « Constancio et Manolo », un voyage graphique
nous est offert dans les cauchemars de Constancio, vieil émigré
espagnol. Ce vieil homme revoit ses souvenirs, interprète le présent
et semble hanté par la guerre d’Espagne, incarné à jamais par les
personnages de Picasso issu du tableau Guernica. Pour ces curieux
passages, Munoz change de style et le gris s’installe, un gris
crayonné, terreux, heurtant ce noir si pur et se noyant dedans ou le
tranchant comme la nuit.



Non,
vraiment, j’ai découvert cette BD avec un immense plaisir. Et cela
grâce à Benoît Peeters qui, cette année, au CNAM, une fois par
mois, donne des conférences accessibles gratuitement sur le thème
« Pour une histoire de la BD ». Lors de la rencontre
consacrée au roman graphique, Munoz et Sampayo ont été évoqués
(mais pas qu’eux). Un tour chez mon libraire d’occaz’ et hop, j’ai
trouvé ce vieux tome de chez A Suivre. Et je ne peux que vous
recommander fortement de lire les œuvres de ce duo argentin de choc.



Zéda
et Alack Sinner se croisent entre jour et nuit !



"BLACK WHITE BLUES", strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur Alack Sinner flic ou Privé de Munoz et Sampayo chez Casterman




David



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