mardi 9 août 2022

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Un Faux Boulot

UN FAUX BOULOT chez Delcourt couverture pour chronique 7BD
Titre:
UnFauxBoulot



Auteur :
Le Cil Vert



Editeur :
Delcourt



Collection
: Shampooing



Année :
2015



Page
: 128



Prix
: 15,50€









Résumé :



Tout
démarre avec un souvenir d’enfance du héros, nommé Jean. Souvenir
curieux de ses jeux et d’une… amie imaginaire ! Jean a grandi.
Aujourd’hui, il travaille comme accompagnateur de personnes
handicapées en vacances. Jean les appelle les vacanciers, terme
moins exclusif que handicapés. Il n’est pas seul dans cette tâche
ardue, heureusement. Au cours de différents séjours, nous allons
découvrir les angoisses de Jean et comment les personnes qu’il
accompagne vont pouvoir, à leur manière, sans le savoir,
l’accompagner lui. Ses relations avec les autres accompagnateurs, sa
mère, le monde, son inconscient ressortent aussi au fur et à mesure
des chapitres de cette BD. Et toujours ce diable qui rôde quelque
fois en bas de page, sans qu’on sache trop ce qu’il cherche, ou bien
même s’il est vraiment là…









Mon
avis :



Le
Cil Vert – c’est le nom de l’auteur – parvient à m’entraîner à
sa suite sur un sujet doublement difficile. Difficile une fois, car
il n’est guère facile de rendre attirant la plongée dans les
angoisses d’un auteur qui se met en scène de manière indirecte. Je
vous entends déjà : « Ah non, encore un qui va nous faire
partager ses névroses ! ». Et difficile deux fois car le
statut d’accompagnateur pour personnes handicapées et les
mésaventures qui y sont liées pourraient faire croire à une
histoire dramatique et plombante. Je sais : « Oh là là, il va
nous raconter le drame des handicapés, un Intouchables en BD, c’est
ça ! ».



Et
bien, excellente nouvelle, Le Cil Vert nous réserve une bonne
surprise. Le souvenir introduisant le récit fonctionne à merveille
et a éveillé ma curiosité. Non, au final, une histoire pas
languissante, pas dramatique, juste curieuse, intrigante, avec ces
moments qui vous donnent envie de tourner la page pour en savoir
plus.



Et
en savoir plus, c’est suivre Jean, l’avatar de l’auteur qui a exercé
cette dure tâche, au travers de plusieurs séjours.



On
comprend rapidement que Jean a un souci. Non, pas le fait que le
travail qu’il fait soit vu par sa mère comme passager et qu’elle
pense que son fils devrait chercher un « vrai travail ».
Il s’agit d’autre chose. Un souci plus profond, si profond qu’on
l’oublie même au cours des chapitres de ce récit. Mais il ressurgit
de temps en temps par des symptômes difficiles : crises d’angoisse,
doute existentiel et autre.



Cette
question de fond : « Quelle insupportable casserole peut bien
trimballer Jean ? » se diffuse tout au long du récit, sans
vraiment le sous-tendre. Attention, nous ne sommes pas dans un
thriller, mais dans une histoire de vie, de la vie de tous les jours,
bon, dans des conditions un peu particulières, celles de ces fameux
séjours.



Ces
voyages rythment l’histoire. Un séjour, un retour chez sa mère, un
séjour, un retour chez sa mère et ainsi de suite. Ne vous inquiétez
pas, il y en a peu et tous sont différents. Exactement comme lorsque
vous partez en vacances dans un endroit génial, que vous décidez
d’y retourner l’année suivante et que rien n’est plus exactement
pareil. Et vous aurez au final deux souvenirs différents alors que
vous avez fait la même chose, à un an près.



Il
y a donc une intrigue courte, « Est-ce que le voyage va bien se
passer ? Jean évitera-t-il la catastrophe ? » mais qui permet
de découvrir les problématiques rencontrés dans le fonctionnement
et l’organisation de ces séjours, répondant ainsi discrètement à
plusieurs questions qu’on se pose, et soulevant beaucoup d’autres
interrogations par le regard de Jean.




Mais
le Cil Vert prend du recul, il ne présente pas tous les handicapés
comme des gens extraordinaires avec une âme incroyablement profonde
et tous les accompagnateurs ne sont pas des bénévoles angéliques
qui finiront sanctifiés !



Jean
nous les montre de son point de vue. Du point de vue extérieur de
celui qui ne sait pas forcément comment entrer dans la tête des
gens pour les comprendre – vu que c’est encore un peu compliqué
dans la sienne – . Il y a donc les gens qu’il apprécie, ceux qu’il
aime, ceux avec qui il se lie, ceux qu’il ignore sans s’en rendre
compte, ceux qu’il découvre avec tendresse. Et dans cette histoire,
ce qui est sûr, c’est que Jean ne se donne pas la belle part ! Il
commet des erreurs, celles que nous commettrions sans doute à sa
place, parfois légères mais parfois graves.



Et
tout départ appelant un retour – pas forcément d’ailleurs –
Jean revient… chez sa mère. C’est une autre facette de ce
personnage que nous découvrons et là aussi, il ne se donne pas
forcément le beau rôle !



Vous
faites une pause et vous dites : « Cela semble intéressant,
mais ardu d’approche ! ». Effectivement, cela pourrait l’être
mais Le Cil Vert utilise un ingrédient magique, distillé avec
parcimonie, qu’il sait doser à merveille : l’humour !



Rien
de pontifiant dans cette BD, juste un regard sain, honnête et
surtout drôle. Le seul reproche que l’on pourrait faire à ce récit,
enfin, le seul reproche que je pourrais faire à ce récit, – à
chacun de se faire son avis après tout – c’est ce sentiment
parfois de « chute de bas de page ». Un gag ou une
réflexion qui conclut une situation en bas de page. Du coup, j’ai
l’impression sous-jacente d’avoir de temps en temps un recueil de
gags entre les mains, sans qu’il soit présenté comme tel puisque la
narration est continue, juste coupée au rythme des séjours.
Curieux, car cela m’a parfois fait sortir de la lecture. Mais j’avoue
ne pas avoir eu trop de mal à m’y replonger ! Le dessin n’y est pas
pour rien.




UN FAUX BOULOT par LE CIL VERT Extrait pour chronique 7BD




Le
Cil Vert, qui a écrit le récit, prend aussi les pinceaux pour
dessiner cette histoire. Afin de créer une certaine distance avec
son sujet, il adopte un style résolument non réaliste, presque naïf
! Ses personnages sont néanmoins expressifs et savent nous faire
passer tout un panel d’émotions par leur visages, à commencer par
Jean, dont ses lunettes lui créent d’énormes yeux où tout ce qu’il
ressent peut se lire.



Les
décors sont simples, non réalistes mais plutôt stylisés de
manière efficace et claire. On sait où on se trouve sans se poser
de questions. Et une fois placés, ils ont la délicatesse de
s’effacer pour ne garder que l’essentiel : une table, une affiche, un
buisson. Parfois, ils disparaissent complètement pour laisser les
émotions surgir sur des fonds de couleur unifiés.



La
couleur a nécessité un travail et un choix clair – non, pas dans
les teintes, qui sont plutôt sombres -. La BD est en noir, blanc et
une teinte plutôt ocre, qui varie au fur et à mesure de la lecture.
Ce qui fait que soudain, on change d’ambiance, on passe du sombre au
pus clair. En regardant bien, vous verrez que tout cela suit la
logique du découpage de l’histoire : un séjour, une rencontre, un
retour à la maison et à chaque fois, un changement de la palette de
teintes – les professionnels du dessin me passeront cette
expression pas forcément très bien adaptée -.



Le
découpage des cases repose sur des planches de une à trois bandes
composées de une à quatre cases. Un découpage simple dont joue Le
Cil Vert pour accentuer certains effets de narration ou même pour
tout d’un coup briser le rythme de lecture et créer une pose en
offrant une belle longue case à une situation, un moment, une
réflexion. Le découpage en trois à quatre cases permet soudain
d’accélérer la lecture, le temps d’un gag, d’une tension qui
éclate. Ou au contraire, une case laisse à Jean le temps de la
réflexion dans certaines situations difficiles à gérer et nous
fait saisir à nous, lecteur, que ses neurones tournent.



Le
cadrage suit le choix du découpage, il reste simple. Plans larges,
plans serrés, pas d’effet de mise en scène même dans les pires
moment d’angoisse de Jean.



Ces
choix, cadrage, découpage, couleurs permettent de renforcer la
narration et ainsi, Le Cil Vert peut nous offrir une belle fin,
autant scénaristique que visuelle. Bien sûr, je ne vous en dirai
rien pour vous laisser la surprise.






Pour
information, cette BD est éditée dans la collection « Shampooing »
de Delcourt, dirigée par Lewis Trondheim. Une collection, qui va
baisser son nombre de parutions. C’est la réponse de Trondheim,
comme il l’expliquait entre autres au festival de BD de Lyon, à la
surproduction en BD. Ce n’est pas contre les auteurs, contre le
public ou contre les éditeurs, c’est une décision qu’il se doit de
prendre, afin que les auteurs qu’il publie puisse trouver leur espace
en librairie et du coup leur public, sans être noyé par les autre
parutions de la collection. Si tout le monde pouvait faire pareil, on
aurait sans doute moins de choix en terme de BD mais, on peut
l’espérer, on découvrirait plus d’auteurs. Car aujourd’hui, dans
l’offre pléthorique, combien de BD sortent sans même que nous en
sachons l’existence ? Perdrait-on vraiment au change ? Je ne crois
pas.



Par
contre, pour les auteurs, oui, cela sera plus difficile de se faire
publier mais peut-être qu’ils pourraient être ainsi mieux rémunérés
pour leurs travaux. En tout cas, je l’espère ! Mais c’est un vaste
débat que j’ouvre ici et Trondheim a le courage de tenter d’apporter
une solution.



Les
choix de Trondheim vont devenir plus drastiques et je suis content
que Le Cil Vert, avec son récit semi-autobiographique – ça, c’est
moi qui le suppose -, ait survécu à la moulinette de la dure
sélection.






« Un
Faux boulot » est une vraie surprise ! Jean devient sympathique
et sait nous rendre attachant son entourage. Ce récit complet – ou
One-Shot, comme on dit aujourd’hui – vous propose un beau voyage
humain, l’occasion de découvrir un milieu et de suivre un
protagoniste un peu perdu qui doit encore trouver sa route.






Zéda
tente de rassurer Jean…






INFO BOULOT, strip de Zéda sur UN FAUX BOULOT de LE CIL VERT






David
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