vendredi 19 août 2022

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The Wrenchies, BD noire et folle

couverture de "The Wrenchies" de Darel Dalrymple chez Delcourt
Titre:
The Wrenchies


Auteur :
Farel Dalrymple (dessin)


Editeur :
Delcourt


Collection
: Hors Collection


Année :
2016


Page
: 304


Prix
: 17,95€






Résumé :


Orson
et Sherwood sont deux jeunes frères. Alors qu’ils jouent ensemble,
ils tombent sur une vieille grotte. Une fois rentrés à l’intérieur,
une rencontre surnaturelle va chambouler le cours de leur vie.


Dans
un futur lointain, une bande d’enfants tentent de survivre dans un
monde où la magie détruit petit à petit la science et où des
êtres surnaturels détruisent les enfants quand ils se rapprochent
de l’âge adulte ! Les jeunes en fuite se sont baptisés les
« Wrenchies ».


Dans
un futur moins lointain, Hollis est un garçon en léger surpoids, il
aime jouer au super-héros et porte d’ailleurs un costume d’un rouge
très flashy. Il s’entend bien avec un fantôme muet croisé par
hasard…


Trois
histoires que tout sépare et qui ont pourtant un dénominateur
commun. Mais lequel ? Où sont la réalité et la fiction entre ces
trois époques ? Et quel est la cause de quoi ? Et tant d’autres
questions dont les réponses sont disséminées tout au long de cette
histoire !




Mon
avis :


Une
histoire complètement folle, déjantée, horrible, où les démons
décident d’enfoncer leur tentacules digitales dans les yeux des
enfants, où la guerre peut être menée contre les dits démons
grâce à un scientifique au look de Frankenstein (la créature,
hein, pas le docteur), où les super-héros ne savent plus trop où
ils en sont, en tout cas, quand on fait appel à eux et où le voyage
dimensionnel flirte avec le voyage intérieur pour nous laisser
l’impression que la folie s’est répandue dans la tête de Darel
Dalrymple, l’auteur de tout ce chaos.


Mais
au fur et à mesure de la lecture, une fois passé le côté
dérangeant et violent, on se rend compte que l’histoire tient. Tout
se justifie au fur et à mesure, d’une manière étonnante mais aussi
détonnante. C’est d’ailleurs un des petits reproches que je pourrais
faire à cette BD : ces longs discours explicatifs. En effet,
l’univers est tellement dense, tellement barré, mais dans le fond
tellement cohérent dans toute son incohérence et tout son mélange
de pop culture, de SF, de fantastique et autres, que pour nous
l’expliquer Darel Dalrymple a recours à de grandes tartines
mystico-philosophico-logiques. Et il faut bien suivre. Alors c’est
formidable de comprendre les enjeux et la logique qui sous-tend et
lie ces trois époques mais c’est parfois lourd à digérer.


L’histoire
étant répartie en six chapitres, quatre épilogues et une histoire
courte (liée à cent pour cent avec le reste), vous aurez le loisir
de faire des pauses dans votre lecture. Le souci, c’est que tout est
si lié et les détails si importants que vous risquez d’avoir du mal
à reconnecter si vous reprenez votre lecture quelques jours plus
tard !


Sherwood
et Hollis pourraient être les personnages principaux de cette
histoire. Bon, Hollis arrive tard dans l’aventure et semble plus un
témoin narratif clé qu’un héros (malgré son costume) au sens
dramatique du terme. Certes, il a à certains moments une action
importante mais ce n’est guère suffisant pour dire qu’il est le
personnage portant le plus de conflits en lui. Orson traverse presque
trop de choses dans sa vie pour qu’on puisse le prendre comme modèle
et il est également absent un – très – long moment. Il ressort
qu’avec la multitude de personnages secondaires qui entourent ces
deux protagonistes, il est difficile de s’y retrouver. Certains n’ont
pas de caractères clairement définis et du coup, ils pourraient
presqu’être interchangeables. D’autres ont des traits forts et on
les retient rapidement. Et surtout, on s’y attache. Mais dans
l’ensemble, en réfléchissant bien, on ne sait pas trop ce qu’ils
cherchent dans la vie. Mais que chercher quand l’espoir a fui le
monde et que vous savez qu’une mort certaine et horrible vous attend
?


Dans
ce joyeux bazar – d’apparence seulement, le bazar joyeux est
ironique car c’est un monde très sombre et construit que nous livre
Wrenchies -, il est donc parfois difficile de se repérer. Un
personnage disparaît, son nom ne sera pas forcément un élément
clé pour vous en rappeler.


Mais
j’avoue que cet univers baroque, sombre et pop m’a beaucoup intrigué
et même touché. Car au-delà de ses personnages, Darel parle un peu
de ce qui pourrait bien attendre notre monde, enfin, si l’on parvient
à lire au-delà des métaphores démoniaques. La pollution, le
passage à l’âge adulte, la folie, le désespoir devant une société
qui n’a rien pour elle, et qui ne peut aller que de mal en pis ou
même, encore, la lueur d’espoir.


Tout
cela se mélange avec un regard naïf – au bon sens du terme –
dans ce récit que l’on pourrait croire en apparence enfantine mais
dont la complexité révèle un gros travail d’auteur.



Page extraite de "The Wrenchies" de Darel Dalrymple chez Delcourt



Au
dessin, Darel donne un look peu réaliste à son histoire. Mélangeant
un souci très précis de réalisme dans les décors, mais pouvant
être léger avec par exemple la morphologie des personnages,
l’anatomie, son style pourrait être qualifié de naïf si ce n’était
la noirceur pesante qui règne. Les décors sont magnifiquement fous.
Il n’y a qu’à décortiquer les dessins en coupe de grands complexes
souterrains du monde des enfants, regarder les plans d’ensemble de la
ville où habite Hollis ou encore la forêt où courent Sherwood et
Orson pour se rendre compte du travail graphique de Darel Dalrymple.
Les personnages des démons révèlent aussi de belles et horribles
surprises.


Les
couleurs restent dans des tons très ocres, durs, peu de couleurs
claires ou éclatantes et ça va avec la noirceur de ce monde.


Les
compositions semblent de temps en temps avoir un modèle de planches
de trois bandes de deux cases, mais Darel prend un malin plaisir à
éclater ce gabarit pour offrir des dessins pleine page, des cases
immenses encadrant de petites bandes de trois cases et d’autres jeux
de cases tout au service de la narration.


Les
cadrages sont aussi parfois assez originaux, comme ces vues en coupe
dont je parlais plus haut.




Alors
the Wrenchies a, selon moi, ses lourdeurs explicatives, peut-être un
aspect dérangeant dans le dessin mais quand j’ai refermé ce livre,
j’ai été heureux de ne pas être passé à côté de cette histoire
baroque, qui peut se révéler, au fond, n’être qu’une simple vision
de la schizophrénie dans tout ce qu’elle a de plus irrationnellement
rationnel. 
Donc, bonne lecture !



Zéda,
dans son costume d’Ultiman, l’homme ultime, rencontre un autre
super-héros, Hollis…



"SPACE TRAVEL", strip de Zéda pour chronique 7BD de "The Wrenchies" de Darel Dalrymple chez Delcourt




David
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