mardi 6 décembre 2022

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Moi et les Autres Petites Personnes on voudrait savoir pourquoi on n’est pas dans le livre de Perrine Rouillon – la petite chronique !

Couverture de Moi et les Autres Petites Personnes on vourdrait savoir pourquoi on n'est pas dans le livre de Perrine Rouillon
Titre:
Moi et les autres petites personnes on voudrait savoir pourquoi on
n’est pas dans le livre

Auteurs :
Perrine Rouillon (scénario et dessin)

Éditeur :
Editions Thierry Marchaisse

Année :
2016

Pages
: 176






Résumé :

La
petite personne prend vie sous nos yeux et interpelle son créateur,
ou plutôt sa créatrice, l’auteure Perrine Rouillon, qui va échanger
avec elle. Va venir se greffer à la discussion au fur et à mesure
des pages une galerie de personnages secondaires autant physiques,
comme l’amoureux, que métaphysiques, comme la mort ou la vie, voire
abstrait, comme le point final ! Et tout ce petit monde a beaucoup de
choses à se dire, et par la même occasion à nous dire…





Mon
avis :

Perrine
Rouillon nous offre de courte histoires, certaines durant le temps
d’une question et d’autres prenant quelques dessins, voire même
quelques pages. Et j’ai trouvé très agréable de plonger dans cette
univers épuré où l’auteure, par moments, arrive même à jouer
habilement avec la page, cette fameuse « méta-case »
comme aimait à l’appeler Will Eisner.

Cette
BD m’a offert de beaux moments et quelques questionnements. Oui, j’ai
écrit BD. En effet, ce recueil est présentée comme relevant de
l’« Ecriture Dessinée ». A mes yeux, on reste dans la
BD. Peut-être que l’appellation Ecriture Dessinée comme celle de
Roman Graphique trouve son origine dans les fines nuances du
marketing. En effet, la BD ayant été pendant de longues décennies
associée à l’univers des enfants, quand les histoires s’adressant à
des publics plus mûrs arrivèrent, il fallut bien les démarquer
pour que le dit public puisse dire fièrement « Je lis des
Romans graphiques » et non « Je lis de la BD »,
sous le rire des ignorants qui concluaient en disant « ouah,
l’autre, il lit des petits miquets ». Et comme dire « Je
lis des BD pour adultes » prend tout de suite une connotation
« oh, l’autre, il lit des BD interdites aux moins de dix-huit
ans », sont alors arrivés les dénominations de Romans
Graphiques, récits complets, BD historiques et autres.


A
mes yeux, l’œuvre de Perrine Rouillon correspond tout à fait à une
BD, à savoir une suite de dessins qu’on parcourt à son rythme et
dont la lecture complète fait ressortir le sens (même si parfois ce
sens est l’absence de sens). Le choix de ne pas mettre de cases, de
phylactères, n’en fait pas moins une BD. L’utilisation de l’espace
de la page dans la narration n’en fait pas moins une BD. Et le format
livre n’en fait pas moins une BD.

Quant
au sujet, peu importe, ce n’est pas lui qui va nous aider à trancher
ce débat, puisque une œuvre artistique peut traiter de tout,
qu’elle soit film, peinture, sculpture ou… BD !

Et
penchons-nous donc sur le sujet, de quoi nous parle cette petite
personne ?



Sorte
d’Eve créée par un démiurge en mal d’inspiration, la petite
personne se cherche, partage ses questionnements avec l’auteur, tente
de marquer son indépendance, développe sa volonté, et comme tout
être humain lâché dans un monde vide de sens, elle veut – ou
pas, selon les moments – trouver un sens à tout ça.

En
fait, cette petite personne pourrait être un reflet de l’humanité
ramené à une ligne froissée. Une humanité qui aurait la
possibilité d’échanger directement avec son créateur, enfin, sa
créatrice dans ce cas, pour avoir les réponse à ses questions. Et
le souci, d’où naît l’humour, c’est que les questions de la petite
personne, ses exigences, bousculent sa créatrice jusqu’à ses
derniers retranchements !

Imaginez
que Dieu nous réponde et qu’il hésite, cherche ses mots, ne soit
pas sûr d’avoir bien fait. En fait, imaginez que Dieu soit beaucoup
plus humain que divin, et vous comprendrez les affres traversées par
la Petite Personne !

Heureusement,
la distanciation imposée par le style de Perrine Rouillon permet
d’apporter cette dose d’humour, à la frontière de l’absurde, qui
empêche ces histoires de basculer dans la philosophie sérieuse et
prise de tête – passez-moi l’expression.

En
tant que lecteur, je ris, je m’interroge sur certaines histoires,
parfois sans trouver de réponses ou de sens, je trouve des idées
lumineuses de finesses, en fait, je pense en m’amusant. Ce qui aurait
probablement déplu à Platon. Mais Platon n’est plus, alors que la
Petite personne, elle, est bien vivante. Euh… Enfin, tout est
relatif !


Page extraite de Moi et les Autres Petites Personnes on vourdrait savoir pourquoi on n'est pas dans le livre de Perrine Rouillon
La Petite Personne a bien des exigences !


Et
cette petite Personne nous apparaît bien vivante grâce à ses
paroles et ses réflexions, mais aussi par son apparence. Bien que
ressemblant de prime abord à un quelconque gribouillis, l’œil
repère vite l’être dans la Petite Personne. Et cet enchevêtrement
de lignes prend vie, s’assoit, boude, croise les bras, s’attrape la
jambe et devient tout à fait compréhensible par le lecteur. Au bout
d’un moment, on pourrait presque dire qu’on discerne sa petite moue !

L’épure
repose sur l’inexistence d’autre chose sur la page que la Petite
Personne et éventuellement ses compagnons de jeu, ou de vie. Pas de
décors, pas de case, pas de couleur. Juste les interventions de
l’auteure dans une police différente de celle des personnages. Et
les personnages secondaires sont eux aussi esquissés, comme des
ébauches, et pourtant bien lisibles – ou perceptibles, puisque la
petite personne en vient même à regretter d’être lisible, tel un
mot ! –

Les
histoires occupent souvent le recto d’une page, tandis que le verso
reste vierge. Mais Perrine Rouillon s’autorise même à jouer avec
cette règle qu’elle semble installer tranquillement, de page en
page. Et tout d’un coup, de temps en temps, sur le verso, apparaît…
une Petite Personne !

Le
jeu est difficile et le challenge élevé ! Pour ma part, beaucoup
d’histoires m’ont surprise et touchée, d’autres m’ont laissé
perplexe mais je suis gré à Perrine Rouillon d’avoir exploré son
idée et surtout d’avoir gardé le cap jusqu’à la fin de l’histoire.
Maintenir sa petite personne en état de surprendre pendant tout un
recueil n’est pas gageure évidente. Et l’introduction de personnages
secondaires aide parfois à éviter que la machine ne s’essouffle.
Surtout quand le caractère de ces personnages se révèle savoureux
et leurs remarques fort amusantes.



Notons
que ce n’est pas là le coup, d’essai de Perrine Rouillon. Il faut
remonter à 1995 pour découvrir « La Petite Personne »,
aux éditions 813, premier opus mettant en scène cette écriture
incarnée, ce personnage d’encre et de sang, ce fichu petit caractère
qui tourmentera sa créatrice pendant les années suivantes jusqu’en
2016, où paraît l’ouvrage dont je vous ai parlé ici. Ne voyez pas
ce livre comme une expérience unique, mais bien comme le
développement de la pensée d’une auteure, qui, au fil des ans,
prend du poids, ou plutôt devrais-je dire, prend de l’encre pour
nous délivrer son propos.



Mais
voici venu le temps de conclure. Personnellement, je maintiens que
c’est bien une BD qui se cache derrière ce terme d ‘« Ecriture
Dessinée » – mais peut-être qu’il faut simplement voir
Ecriture Dessinée comme étant l’état-civil de la Petite Personne,
nom : Dessinée, prénom : Ecriture et là, cette classification qui
n’en est plus une prend tout son sens -, une BD inventive, touchante,
visant souvent juste même si parfois la cible est manquée de peu.
Et c’est une belle œuvre que nous offre Perrine Rouillon, errant
loin des sentiers battus, titillant notre réflexion et le tout sans
compromis. Une œuvre qui se place logiquement dans la continuité de
son grand œuvre, mélange alchimique où ce petit Golem d’encre et
de papier se retourne non pas contre mais vers son créateur.



Alors
rendez-vous donc chez votre libraire pour allez jeter un œil et
voir si vous aurez envie de partager quelques moments avec ces
Petites Personnes, qui, malgré les apparences d’un titre trompeur,
sont bien dans le livre !





Zéda
rencontre La Petite Personne…



"TOUR DE PAGE", strip de Zéda pour la chronique 7BD sur Moi et les Autres Petites Personnes on voudrait savoir pourquoi on n'est pas dans le livre de Perrine Rouillon




David

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