vendredi 19 août 2022

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Le festival de LyonBD selon David!

Mon Festival de Lyon BD!
Comme vous l’avez sûrement remarqué, en ce mois de juin, le beau temps n’est pas vraiment présent. En tout cas pas en région parisienne. Une raison de plus pour sauter dans un TGV et descendre à Lyon. Optionnellement, il y a également le huitième festival de Lyon BD.
Mon premier voyage à Lyon démarre avec un beau constat: le soleil s’est installé au-dessus de la presqu’île Lyonnaise, justifiant ainsi son absence ailleurs. Sans doute est-il fan de BD…

indeez et david
Mais foin de digression météorologique. Nous sommes le vendredi 14 juin, je sors de la gare de Lyon-Perrache avec mon petit plan. Je dois faire vite car ce vendredi, le festival démarre par la journée professionnelle, mélange de rencontres, de conférences et d’ateliers. Elle se finit avec le Think Tank 2013 lancé par Imaginove, où l’on réfléchit sur l’évolution de la BD, avec entre autres, l’intervention de Yasmine Tashk qui présente son projet de dessin sonorisé pour un reportage sur la drague à Châtelet.
Et cette journée se conclut avec un cocktail dînatoire de transition qui nous amène au moment fort de la journée: la remise de prix du festival ! Si, le premier jour, remise de prix. Ils sont comme ça à Lyon. Direction le théâtre de l’Odéon, où dans la grande salle rouge aux sièges rouges, s’égrène le palmarès. Grand Prix à Reinhard Kleist pour Le boxeur, Prix Spécial à Johnny Jungle, Prix jeunesse pour La jeunesse de Yaya, le Truc d’or pour Sylvain Mazars et sa BD au titre fleuve « Ce livre devrait me permettre de résoudre le conflit au Proche-Orient, d’avoir mon diplôme et de trouver une femme » et le prix AlternaLyon pour le magazine Malopié. 
malopié, prix alternaLyon 2013La cérémonie est un peu bousculée, non pas par les intermittents malheureux ou par les auteurs en colère, mais par le collectif La Barbe, qui s’est finement plaint de la minorité d’auteurs féminines représentées. Je n’avais pas remarqué. Et la soirée se finit en beauté avec le spectacle Dans ta Bulle, inspiré par une BD de Domas, mis en scène par Jocelyn Flipo. Un spectacle né d’une improvisation, devenu pièce écrite et qui tourne depuis plus de deux ans. Une histoire simple et touchante, sincère et émouvante, où l’économie de moyens laisse agir notre imagination. Et c’est sur une bulle de bonheur que s’achève cette première journée.
Mais le festival me préparait en secret d’autres surprises… Le lendemain matin, je suis présent en salle de Presse pour la conférence de Reinhard Kleist, l’auteur dessinateur du boxeur. Il nous raconte en Allemand, sa langue d’origine, dûment traduit pour nous autres néophytes, l’origine du projet: le coup de foudre de Kleist pour un livre, mais également ses doutes, ses recherches, ses motivations dans un échange à bâtons rompus, où nous sommes quelques uns à avoir entendu le réveil pour venir l’écouter. Kleist a également parlé de ses nouveaux projets: la biographie dessinée d’un sportif Somalien au destin tragique. Pour l’instant, il se sent plus attiré par ces histoires vraies, mais ne renonce pas pour autant à la fiction !
Sur ces bonnes nouvelles, direction l’espace BlogBD ! En effet, Le festival ouvre à nouveau une salle pour accueillir les blogueurs BD qui dessinent à la palette et en direct pour les festivaliers. En plus, leur travail peut être suivi en streaming par les internautes. Les auteurs présents sont vraiment disponibles pour échanger, parler de leurs projets, de leur technique, de leur vision du BlogBD et de son avenir, et également pour dédicacer. C’est regrettable que la salle choisie se situe loin du passage. Si on ignore leur présence, ils sont bien difficiles à trouver ! Quel dommage.
Autrement, le festival permet vraiment les rencontres et le badge presse aide beaucoup aussi, je dois bien l’avouer. J’ai la chance de discuter, dans le désordre, avec Jibé, le blogueur, Philippe Brocard, le président du Festival, Goliver qui présentait l’adaptation en dessin animé du Piou, Jean-Marc de Indeez, Les charmant(e)s bénévoles du festival en T-shirt orange… Des échanges enrichissants sur leurs métiers, leur projets, leurs envies, leurs attentes. Et j’en profite pour féliciter la centaine de bénévoles qui parcourt la presqu’île et veille à ce que tout se déroule bien. Bravo !
Binet aux beaux artsTout cela me laisse quand même le temps de filer au Musée des beaux-arts de Lyon pour voir l’exposition de Binet. Le dessinateur des Bidochon a réalisé quelques dessins humoristiques:
Les Bidochon, simples visiteurs du musée, face à une œuvre choisie par l’auteur, commentent comme eux seuls savent le faire, caustiques ou décalés. Lors de mon parcours, je tombe ça et là sur un chevalet portant un dessin, installé face à un tableau de Picasso, de Bacon, ou d’autres. Binet est là pour présenter ses dessins et les raisons qui l’ont poussé à choisir ces œuvres. C’est une occasion pour lui de rendre hommage à beaucoup de grands peintres qu’il appréciait énormément.
Lorsque je reviens dans le même musée le lendemain, pour voir dix auteurs de BD croquer dix œuvres du musée, quelle ne fut pas ma surprise de retrouver les chevalets portant les dessins des Bidochon installés pour ces dessinateurs ! Ces chevalets étaient ceux de la veille, et la planche portant les dessins des Bidochon était simplement retournée pour que le dessinateur puisse poser sa feuille dessus. Ou comment les beaux-arts illustrent pleinement la théorie de Lavoisier, « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »
Bidochons beaux arts
Après cet amusant constat, je continue à écumer l’hôtel de Ville et le palais du commerce pour assister à quelques conférences. Tout d’abord, celle sur la BD argentine. En effet, le festival de Lyon est partenaire avec l’Argentine cette année. Et de nombreux ponts étaient tendus. Cette conférence réunit tout de même Jorge Quien (Humanillo), Pablo Tunica (La Française), Agrimbau Ippoliti (Fergus Détective publicitaire), Luca Varela (L’héritage du Colonel), Juan l’organisateur du festival BD de Rosario en Argentine et Martin Montanez, éditeur indépendant. Tout ce beau monde parlant la langue de Cervantès, je remercie les traductrices présentes qui m’ont fait regretter de ne pas avoir choisi Espagnol seconde langue au Lycée ! Très enrichissant de voir leur regard sur le monde de la BD française, et le regard du monde français sur la BD argentine. J’aime leur manière étonnée de raconter que non, ils ne subissent pas de censure politique, que ce qui compte c’est de faire des belles BD, peu importe le genre; leur surprise de voir qu’on étiquette tout en France par genres et catégories (tiens, curieux cette perception de la France…). Leur positionnement par rapport à l’international, et là, sur la question: comment rester argentin en faisant des BD pour l’export, les avis divergeaient. Et beaucoup. Avec cinq minutes de débat en plus, j’assisterai à un Droit de Réponse Espagnol.
Mais l’Argentine était aussi présente par une exposition dans la fondation Bullukian, par un hommage à Carlos Trillo au Palais du Commerce, et aussi par la présence du WebTrip. En effet, ce projet de BD participatif met l’Argentine à l’honneur, car pour sa deuxième saison, jC Deveney, l’auteur a fait appel à des dessinateurs Argentins et Brésiliens en plus des Européens. Et c’est devant l’assistance, dont je fais partie, qu’il a mis en ligne en direct, le dernier épisode de la saison 2 ! Une belle aventure qui ne s’arrête pas là puisque la saison 1 va être éditée en papier, que le concours participatif de la saison 2 s’ouvre bientôt et qu’une saison 3 va peut-être voir le jour. Un projet excellent initié avec le Festival Lyon BD il y a un an. La boucle est bouclée.
Sur ces deux jours, je croise même deux fois la route de Lewis Trondheim. Une fois à la FNAC de Bellecour, au Spirou Tour, où en compagnie de Guillaume Bianco (Billy Brouillard), Benoît Féroumont (Le Royaume), Yoann (Spirou), Brigitte Findakly (coloriste du Retour à la Terre et du Chat du Rabbin) et Frédéric Niffle (rédacteur en chef de Spirou), il parle de son expérience dans le magazine Spirou.
Spirou au festival LyonBD
L’occasion pour moi de découvrir que Spirou existe toujours, bien qu’il ne soit plus vendu en kiosque, et ce grâce à l’abonnement. Me voilà replongé en enfance, je parviens même à avoir entre mes mains un nouveau Spirou Magazine, que je m’empresse de feuilleter. Les questions fusent du public, âgé de 7 à 77 ans, clin d’oeil au rival de Spirou, sans doute. Tout se passe bien jusqu’au moment où un des membres de l’assistance exprime, de manière fort peu cordiale, sa désapprobation à lire du Trondheim dans Spirou. C’est l’éternel débat d’un magazine: la diversité des sujets ne peut faire l’unanimité. Chacun y trouve son bonheur et n’apprécie pas forcément l’ensemble. Et chaque lecteur aimera ou détestera une série particulière. Pourtant la solution est simple: quand je lisais Spirou ou Tintin, je me contentais de sauter les BD qui ne me plaisaient pas, c’est tout. Nul besoin de m’énerver ou de faire un esclandre à chaque fois que je tombais sur une planche à laquelle je n’accrochais pas. Faites comme moi, et vous serez heureux ! Et si, à un moment, vous sautez plus de page que vous n’en lisez, ben, changez de magazine ! Conseil philosophique que je n’ai pas eu l’occasion d’exprimer sur place, vu que je n’y ai pensé qu’après coup, mais je le partage maintenant.
Ma deuxième rencontre avec Trondheim se déroule au Palais du Commerce, quand il décrypte pour nous le dernier message d’Hergé sur l’avenir de la BD. Petite analyse drôle et sans prétention, fondée sur des réflexions réelles. La démarche était la suivante: reprendre toute l’œuvre d’Hergé et, partant du fait que l’auteur adorait les codes, y chercher un message caché pour nous révéler l’avenir de la BD selon Hergé. Et Trondheim nous replonge alors dans les albums, à l’aide de numéro de planches, de cases, d’anagrammes, de lettres cachées, d’enquêtes. Un quart d’heure bien sympathique. Petit clin d’œil à Hergé qui valait le détour.
Après tout cela, Je clôture ma présence au festival en assistant à la projection du documentaire Sous les Bulles de Maiana Bidegain. Triste mais réel constat sur le statut des auteurs, qui aurait mérité une réflexion plus poussée. Le lecteur, même s’il sert de conclusion et d’ouverture, reste le grand absent de l’histoire. Les petits éditeurs sont peu présents et il manque certains chiffres. Cinq mille BD par an sortent, mais combien sont effectivement vendues ? Cette projection est une manière courageuse de boucler un festival BD. « Au revoir. Ah, au fait, avant de partir, vous connaissez le malaise de la BD ? »
Affiche festival LyonBD 2013Et, toutes ces questions en tête, je pars me balader dans Lyon. Après avoir découvert le festival, j’explore la presqu’île. Le temps qu’il me reste ne me permet pas d’aller de l’autre côté de la Saône ou du Rhône. Qu’importe ! Je visite le vieux Lyon, beaux immeubles, petites rues, vieilles églises, montées et descente, curieuses décorations, et tout cela sous le soleil. Je me rappelle ces chansons qui évoquent la ville de Lyon, qui me faisaient et me font toujours voyager: Lyon-sur-Saône, Montée Bonafous, Lyon Presqu’île… Je les réécouterai au retour, avec l’oreille de celui qui a vu.
Absorbé par mes rêveries, j’aperçois l’heure sur une horloge et constate que le temps passe plus vite quand on l’ignore. Je finis ma promenade en trottant car il ne faudrait pas que je rate mon TGV. J’embarque prestement à la gare de Lyon-Perrache, la tête pleine de belles images, d’agréables souvenirs, et d’une envie, celle de revenir un jour.

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