vendredi 13 mars 2026

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Le Blow Book, la petite BD d’origine belge

Lors de mon passage au SoBD de 2023, j’ai découvert un autre genre de bande dessinée. Depuis un distributeur, on peut acheter pour la modique somme de 5 € un petit livre faisant la taille d’un paquet de cigarettes (7,6 x 11,6 cm). Et un récit où chaque page est une case.

Un peu de contexte historique

Le Blow Book, avec son format atypique, n’est ni vu comme du comics, ni du manga ou manhua, et encore moins du roman graphique. Quelque part, cette forme de petit livre s’inscrit dans différentes époques. Le fait de raconter une histoire visuellement aurait prit racine dans le Tarot, pour ses origines spéculatives, divinatoires et sacrées.

La naissance du Blow Book

Apparu au cours de la Seconde Guerre mondiale aux Pays-Bas, dans un contexte de restriction du papier, le Blow Book a des avantages économiques comme son accessibilité. Sa petite taille lui donne l’avantage d’être un vrai passe-partout.

Alfred Mazure (1914 – 1974) initie le concept de ce petit format avec les aventures de son détective Dick Bos.

Couverture du premier Dick Bos

Mazure avait proposé à son éditeur de l’époque, le journal De Prins, une maquette avec des vignettes de sa bande dessinée, découpées puis collées dans un livre. Une image par page. Elle fut refusée à cause de ce format atypique, n’intriguant pas le public.

Pourtant, après les parutions du premier Dick Bos en 1941 chez un autre éditeur, c’est d’une poche à une autre que le petit livre circule. En toute discrétion, notamment chez les écoliers.

Dick bos dans un blowbook

« ses fictions se doublent d’un manuel de self-défense : les prises étant détaillées, geste par geste. Leur tirage, en pleine Occupation, monte au-delà des 100 000 exemplaires. »

Philippe Capart – Jiu-jitsu, blow book n°1

Une narration case par page

Bien avant lui, et même avant le roman graphique moderne, il y a eu Franz Masereel (1889-1972) et la naissance du roman en images muet moderne. Son premier roman 25 Images de la passion d’un homme met en avant une série d’impressions. Ses gravures montrent la lutte des classes et la ville dévoreuse d’hommes, des thèmes qui lui sont chers. Chaque image, chaque vignette, est à la taille de la page. Sans légendes et ni textes, telle est la forme de ce type de récit.

Double page des impressions de Franz Masereel

« Le langage des images sans paroles ne connaissant pas de frontières, des artistes graveurs de l’entre-deux-guerres vont à leur tour s’emparer de ce processus de narration séquentielle et publier des ouvrages à forte connotation politique et sociale »

Samuel Dégardin – l’œuvre, blow book n°13

De petits livres facilement transportables et échangeables, peuvent aider à faire passer des idées politiques et sociales, comme l’a fait Masereel et d’autres artistes, notamment pendant la période d’entre-deux-guerres dont Carl Meffert, Helios Gomez et Lynd Ward.

Présentation du Blow Book

L’auteur est le seul maître à bord

Une sélection de BD inclassables en genre est présentée à travers des distributeurs automatiques. Tout en réduisant la distance entre auteur et lecteur, les blow bookss deviennent accessibles tout le temps. C’est une nouvelle logique de distribution, liée au format d’édition. Par ailleurs, les auteurs-trices ont le contrôle éditorial de leur livre, y compris la quatrième couverture.

Différence avec le flip book

À la manière du flip book auquel il entretient le même lien, une histoire dans un blow book constitue une série d’images qui se suivent page par page, créant des apparitions selon la manière dont on feuillette. Ce n’est pas nouveau dit comme ça, mais par ce côté magique que le lecteur ressent en passant d’une page ou case à l’autre, peut-on en dire la même chose pour la bande dessinée en général ?

Discours sur le prix

Par ailleurs, ces petits livres sont comparés aux albums de bande dessinées, européens comme américains (les maxi-séries ou volumes). En raison de leur taille et aussi du prix. Un album en France coûte environ 15-17 €, auquel il faut compter plusieurs parts, dont celui de l’éditeur, l’imprimeur, le distributeur, et le(s) auteur-rice(s). Quant au blowbook, son prix de 5€ est réparti entre ces mêmes acteurs, auxquels s’ajoutent le lieu d’accueil du distributeur et les frais de gestion.

La bande dessinée n’est populaire que par ses icônes qu’il affiche. Son format papier le rend paradoxalement moins accessible au grand public. Le blow book en ai une réponse.

Quelques récits à découvrir

Pour cet article, je vous ai sélectionné 4 blowbooks, chacun étant une proposition artistique. Pour certains auteurs, il s’agit de leur premier ouvrage. Si certains livres sont muets, d’autres bénéficient d’une légende pour guider la narration. Même si c’est contraire au Blow Book de base.

Nuit sur l’Allemagne de Carl Meffert, 2019, paru

Première Impression de Nuit sur l'allemagne
deuxième Impression de Nuit sur l'allemagne

Autrefois publié dans un feuilleton pour les journaux argentins en 1940 sous le titre « Comedia Humana », puis réédité en volume en 1976 à Munich, en Allemagne.

Cette série de linogravures réalisées de 1937 à 1938 nous emmène dans un voyage au bout de la nuit. Des images muettes, avec un contraste noir et blanc intense.

Pluton de Quentin Roux, 2021

Double page de Pluton
Suite de Pluton, passage au 84

Un livre dont vous êtes le héros. Propulsé sur une planète déserte et étrange, chaque page vous fait parcourir différents lieux. Une manière d’explorer la géographie d’un monde fictif, dans un petit livre.

La Comète de Maxime Gillot, 2021

Première double page de Comète
Deuxième Double page de Comète

Un univers cosmique où la narration fonctionne par juxtaposition d’images. A tel point qu’on peut penser à du turbomédia, avec l’idée du mouvement qui se développe d’une case à une autre.

Le Grand Ami de Monique Martin, 2023

Une série de dessins réalisés sur carton, et raconte comment un petit ange est tombé du ciel, pour ensuite vivre parmi les humains.

Conclusion

Au delà du prix et la redéfinition de la bande dessinée, le blow book fait aussi parti du petit format de poche. Contrairement au manga qui avec le même type de format a réussit à gagner en popularité – justement en étant accessible et pas cher – le livre de poche aurait pu bénéficier d’une certaine popularité dès les années 1950. Mais beaucoup d’éditeurs n’ont pas cru en son potentiel, notamment avec un format jugé ridicule. Il fut alors rangé le plus souvent comme de la sous-bande dessinée, vendu en presse et non en librairie. En étant le plus souvent étiqueté avec des fictions de genre (western, horreur, pornographie,…).

Aujourd’hui, c’est par ce format que le blow book se démarque avec différentes propositions artistiques et narratives. À coté des albums de bande dessinées et autres comics, le blow book se rapproche davantage du manga par le format de poche. L’accessibilité de ce type de format en est sa force. Toutefois, si le manga a gagné en popularité au fil des années, c’est aussi par les icônes qu’il met en scène. La création d’un blow book est un terrain d’expérimentations narratives et visuels. Il pourrait davantage être pensé comme telle. Et non avec une série et ses personnages.

Le blow book aura tout de même le mérite de faire réfléchir sur notre consommation de la bande dessinée papier.

Et vous que pensez-vous du blow book ? En avez-vous déjà lu ? Ou avez-vous aperçu ces distributeurs de petits livres chez des libraires ou pendant des festivals ?

N’hésitez pas à commenter et partager. Je vous dis à bientôt pour de nouvelles chroniques.

Portez-vous bien.

Bibliographie

Blowbook bulletin, Présentation de l’exposition Petit et partout – poches, petits formats et blowbooks à la bibliothèque Royale de Belgique, n°1, automne 2024

Liens :

https://pilen.be/blog/blowbook-distributeurs-bd-5-euros

https://blowbook.sumupstore.com/product/blow-book-n003-nuit-sur-l-allemagne-de-carl-meffert

https://www.tvcom.be/culture/litterature/blow-book-des-bandes-dessinees-dans-des-distributeurs/24804

https://journals.openedition.org/comicalites/4996

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1 COMMENTAIRE

  1. C’est intéressant. Je ne connaissais pas du tout le Blow-Book et je n’ai jamais vu de distributeur.
    Par contre pour le coup 5€ ça peut paraitre cher pour ce que c’est.
    Combien y a-t-il de pages en moyenne?

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