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Dessus Dessous, l’intégrale 1903-1905, la BD innovante du début du siècle dernier !

Série : –
Titre : Dessus Dessous, l’intégrale 1903-1905
Auteurs : Gustave Verbeek (scénario et dessin)
Editeur : Delcourt
collection : Hors collection
Année : 2025
Pages : 88
Résumé d’une BD sans dessus ni dessous :
Betty Boudchou traverse une mare pour récupérer une poupée, mais elle trébuche. Père Moustachon l’emmène au sec pour lui faire un peu de lecture, quand un gros chien débarque !
Le scénario d’un récit à lire dans un sens puis dans l’autre :
Cette BD, dont le titre original est « The Upside downs of Little lady Lovekins et Old man Muffaroo » traduit par « Les Dessus-Dessous de Betty Boudchou et du père Moustachon », propose un format innovant, même révolutionnaire pour l’époque et encore aujourd’hui. Gustave Verbeek a publié entre 1903 et 1905 ces histoires en six cases où l’on suit ces deux personnages, Betty et Moustachon. La surprise arrive quand on finit de lire la sixième case. Il faut alors retourner la BD pour lire la suite et la conclusion de l’histoire. Chaque case se lit à l’endroit dans le sens habituel de lecture, et l’histoire continue donc à l’envers en retournant le livre pour reprendre dans le sens gauche droite classique de lecture.
Gustave Verbeek réalise cela sur chaque récit, tout au long de plus d’une soixante d’histoires. À la lecture, les récits ne proposent pas de grandes intrigues et certains d’entre eux sont construits pour permettre l’exercice de style. Mais ce travail étonnant visuellement relève quand même d’une certaine prouesse technique.
Cette BD vous prendra plus de temps que vous ne le pensez pour la lire. Et notons qu’il s’agit de l’intégrale de ces histoires. La longue introduction permet de découvrir Gustave Verbeek, et une analyse de son travail. Elle présente aussi ses autres œuvres. On comprend que cette vision de la case double sens le travaillait depuis un moment et qu’il avait déjà essayé des choses, mais c’est avec cette série qu’il pousse le plus loin l’expérience.
Le seul souci quand on a une BD « retournable », ce sont les textes. Les légendes en dessous des cases dans un sens, et à l’envers dans le haut des cases pour la lecture renversée marchent sans aucun problème. Mais quand les personnages ont des bulles ou des enseignes, c’est beaucoup plus compliqué. Gustave Verbeek joue sur la solution du panneau qui tombe et peut donc se retrouver à l’envers, mais le panneau qui prend un autre sens à l’envers est un exercice plus compliqué. Qu’il a solutionné peut-être en anglais, mais qui en français, dans la traduction, tombe un peu à l’eau. À côté de cela, en guise de numéro de page, vous trouverez les dates de parution de chaque histoire.

Le dessin retournable :
Il faut noter le travail sur le dessin. L’astuce principale est que Betty et Moustachon ne se ressemblent pas, mais si vous en renversez un, vous avez la silhouette de l’autre. En effet, chacun est en fait l’autre vu à l’envers ! Une fois inversée, la robe étrange de Betty devient le chapeau de Moustachon, les moustaches de Moustachon deviennent les cheveux de Betty et les dents de Moustachon deviennent les franges du bonnet de Betty. J’espère que vous m’avez suivi… Mais Gustave Verbeek ne joue pas que sur ces deux personnages, il met en scène des animaux, d’autres humains, dont le dessin doit les rendre « inversable » afin qu’il représente autre chose vu à l’envers. De même, il y a un travail incroyable sur le ciel, le sol, les nuages, l’écume, les murs et tout ce qui touche au décor, qui se doit d’être interprété autrement une fois la BD renversée.
Se mélangent, selon les parutions, des planches en couleur, en monochromie de vert ou d’ocre. Ce qui permet au lecteur d’aujourd’hui de comprendre, d’analyser comment Gustave Verbeek joue sur les effets visuels. Les planches couleurs donnent l’occasion de relever les beaux effets de mélange des couleurs, parois en aplats et parfois en touches de couleurs qui se mêlent – ou non – pour créer des ciels colorés, des parterres d’herbe travaillés. Bien sûr, certains retournements fonctionnent difficilement, on a du mal à voir Moustachon ou Betty, on a l’impression de voir l’autre personnage marchant sur la tête. Mais qu’à cela ne tienne, on ne peut qu’être étonné devant la prouesse technique hebdomadaire réalisée par Gustave Verbeek. La mise en scène reste sur des plans larges, où l’on voit les deux personnages et leur environnement, et la composition joue uniquement sur le gaufrier. Un bien bel exercice de style qui vaut la peine d’être lu et redécouvert.
Conclusion d’une BD incontournable, mais retournable :
C’est un classique du comic strips que « Dessus Dessous ». Une BD importante à connaître pour tous ceux qui aiment découvrir les nombreux explorateurs du neuvième art et je peux affirmer que Gustave Verbeek fut l’un d’entre eux…
Zéda rencontre Moustachon ou Betty !





