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lundi 3 novembre 2014

Rencontre Dargaud avec Marc Cuadrado et Frank Margerin

Avec la rentrée reprennent les petits déjeuners Dargaud. Et le lancement de cette nouvelle saison se fait en grande trombe, car me voilà convié avec plusieurs collègues web-chroniqueurs, à rencontrer Marc Cuadrado et Franck Margerin pour la sortie de « La Conquête de L'Ouest » le tome 3 de leur série « Je veux Une Harley ».

Autour d'un café, Marc Cuadrado nous raconte comment l'aventure a commencé : il a décidé de se lancer dans le récit des mésaventures d'un quinquagénaire et de sa douce épouse. Le dit quinqua décide d'investir dans une nouvelle passion, la Harley. En fait, c'est un biker dans l'âme mais sa femme n'a pas du tout la même passion que lui.
Au-delà de l'histoire du fan de moto, c'est aussi la vie d'un couple qui est passée au microscope de l'humour par l'auteur.
Notons que nous démarrons la discussion avec Marc tout seul car Frank Margerin, égaré par un GPS fou dans les rues du dix-huitième arrondissement de Paris, n'a pu nous rejoindre à l'heure prévue. Mais tandis qu'il peste contre les sens uniques parisiens et les concepteurs de GPS – tout cela n'est que pure supposition de ma part, bien sûr – nous échangeons avec Marc Cuadrado.
Margerin nous rejoindra en cours de discussion, s'excusant humblement – ce qu'on nomme la politesse des grands - et partagera également son expérience sur cette nouvelle série - si on peut considérer comme nouvelle une série qui en est à son troisième tome – mais revenons à la génése.

Comme Marc Cuadrado aime s'inspirer du réel et surtout du vécu, pour la richesse que cela apporte à l'histoire, et comme l'on n'est jamais aussi bien servi par soi-même, il nous explique s'être inspiré de sa vie pour sculpter, non dans la glaise mais dans l'encre, les personnages de Marc Carré, sa femme Tanie, son beau-frère Calzone et les autres – non, pas de rapport avec Claude Sautet, quoique... - mais il n'avait pas envie d'endosser la double casquette auteur-dessinateur. Il a alors pensé à Margerin, dont il est fan depuis ses années d'étudiant aux Arts Déco de Nice !
Et par un coup de téléphone, il découvre que sa maison d'édition a la même idée. Alors si ce n'est pas un signe du karma...

Et ça tombait bien, ajoute Frank Margerin, car lui cherchait une histoire à illustrer, voulant faire une pause dans le travail d'écriture. Tout va pour le mieux ! L'entente est au rendez-vous pour leur première collaboration. Le travail s'effectue beaucoup à distance, avec quelques rencontres. Les deux auteurs apprécient le respect de chacun pour le travail de l'autre. Peu de retouches, de discussion, et surtout une passion commune et la même envie de raconter du vécu et de décrire le monde des bikers.
Autant Marc Cuadrado s'est étonné au départ d'avoir si peu de retour de Margerin sur son scénario, et a apprécié l'humilité du dessinateur, autant Frank Margerin a été surpris que Cuadrado s'insère si peu dans son dessin et le laisse libre.
Mais pourquoi Harley ? Marc Cuadrado explique que c'est la marque mythique quand on parle de moto. Une personne qui n'est pas du tout de ce milieu a probablement déjà entendu parler de Harley Davidson et sait que ce sont de grosses motos. Une réputation que n'ont pas les autres marques.
Malgré quelques contestations dans la salle, il est évident que ce n'est pas pour rien que Gainsbourg n'a pas fait chanter « Je n'ai besoin de personne en BMW » à Bardot !
Nos compères se sont donc lancés dans le one-Shot « La vie est trop courte ! » sorti en 2012.
Les ventes sont au rendez-vous, les gens en redemandent et certains lecteurs leur confessent même qu'ils sont heureux de se retrouver dans les petits travers des héros.
Car pour Marc Cuadrado, il ne s'agit pas de faire l'apologie des bikers et de Harley Davidson mais plutôt de rester dans l'auto-dérision, de porter un regard drôle mais jamais moqueur, tendre et jamais cynique sur cet univers, un peu ridicule mais tellement génial, dont il se revendique fièrement.
Il arrive, par une pirouette dont il est le seul à détenir le secret, à se positionner à l'intérieur pour le regarder de l'extérieur !

L'histoire continue donc avec le retour de Marc et Tanie pour « Bienvenue au Club », le tome 2 de la série, axé sur les clubs de motards. Et, curieusement, le début de cette rencontre mationale tourne autour de ce tome deux ! On parle des clichés sur les club de motards, souvent façade de gangs en Amérique et au Canada, - comme le dépeint la série Sons of Anarchy - voire en Europe du Nord, mais moins en France. Chez nous, ils s'agit plutôt de regroupement de faux et vrais durs qui ne laissent pas n'importe qui créer un nouveau club de bikers. Tout se mérite !

Belle nouvelle pour nos deux auteurs, le public se montre toujours aussi accroché et nombreux sont ceux qui se retrouvent dans cette visite des clubs, opposant la vision des violents et durs à cuire Nasty Crows au HOG (comprendre Harley's Owner Group), le club qui s'adresse aux fans de Harley, avec un petit côté vente à la clé de produits de la marque.
Mais Harley France, malgré ces quelques gentilles égratignures, soutient la série.

Et le duo de choc se lance dans le tome 3. Il voulait aborder un autre gros cliché, la légendaire Route 66 et lancer leur héros dans un road trip sur ce mythique ruban d'asphalte.
Pour pouvoir s'inspirer du vécu, Cuadrado a alors décidé de tenter sa chance. Il nous explique qu'un tel voyage, en passant par un tour operator, se prépare un an à l'avance. Mais avec l'aide du marketing, Marc a décroché en deux mois une place, à condition de voyager à deux sur une seule moto. Finalement, Marc partira non pas avec sa femme mais avec son coauteur, son pote de trois ans, Frank – sur l'idée de celle-ci -.

Je veux une Harley T3 couverture de Margerin et Cuadrado

Toute ressemblance avec des personnages etc...

Cuadrado et Margerin sur la route 66


Et les voilà embarqué pour une grande aventure signalisée. Car si la route 66 reste sauvage, ses visites sont souvent balisées, comme nos deux auteurs l'ont vécu par le tour operator Harley. Attention, il s'agit d'un tour operator ayant un partenariat avec Harley et pas d'un tour operator de la société Harley !
En tout cas, une virée d'une dizaine de jours à moto le long de cette route 66, qui ne leur a pas permis d'en faire tout le tour mais d'en voir un bel aperçu côté ouest. 

Marc Cuadrado et Frank Margerin aux USA
 Puisqu'on vous dit qu'il y sont vraiment allés !

Margerin avec son appareil photo et Cuadrado avec son carnet de notes ont tenté d'immortaliser une partie de ce voyage pour leur récit. A la grande crainte de leur guide, qui s'inquiétait dès que Marc Cuadrado remplissait ses carnets de note, de peur que les deux hommes lui fassent une mauvaise pub...
Et nombre des anecdotes qui arrivent à Marc, Tanie et leurs amis sont arrivées aussi à Margerin et Cuadrado, même si certaines ont été un peu poussées pour les besoins de la fiction et de l'humour. Je ne dévoilerai pas le vrai du faux mais je vous laisse le plaisir de vous faire votre propre idée.
Sachez, par contre, que AngelDelgadillo existe bel et bien et que sa réputation de sauveur de la 66 road n'est pas usurpée !
Margerin et Cuadrado ont aussi rencontré une autre légende de cette route, le Desert Doctor, Terrence, qui parcourt la 66 pour aider tous les motards dans l'embarras. Un homme qui, malheureusement, ne figure pas dans la BD. Pour les plus curieux, d'autres ont rencontré ce curieux DesertDoctor et en ont ramené quelques traces.
Le voyage fut effectivement si riche qu'il fallut faire des choix narratifs pour ce futur Tome 3. Le plus important, nous rappelle Marc, était de rester avec les personnages de fictions, car de nouveaux compagnons rejoignent Marc, Tanie et Calzone dans ce périple américain !
Le postulat qui lance nos héros sur la route des Etats-Unis est bien trouvé. Marc (Carré, pas Cuadrado) se voit embarqué dans un voyage initiatique au Tibet par sa femme. Afin d'échapper au pire, il monte un plan avec ses amis bikers. Et voilà notre héros qui propose à sa douce Tanie de se remarier... à Las Vegas ! Quelle meilleure occasion de parcourir les routes de l'Ouest Américain et parmi elles, la « Mother road », la fameuse route 66.
Et la BD nous emmène dans une ronde de mésaventures et de gags, d'autant plus drôles quand on connaît l'origine de certains.

Je veux une Harley T3, La conquête de L'ouest - extrait page 1
 Lancement d'une nouvelle épopée pour Marc Carré !

Margerin s'est rendu compte que le dessin des immenses et magnifiques paysages qu'il avait découvert ne rendaient pas du tout à l'échelle de la série. Celle-ci choisit un cadrage dense qui laisse peu de place à de dessins demi ou pleine page. Les paysages sont présents dans la BD, mais Margerin a fait le choix de se centrer sur ces éléments de détails, qui apportent une réalité, une profondeur et un vécu à l'histoire. Il cite par exemple la moto jaune, la voiture du guide, la boutique d'Angel Delgadillo et tant d'autres. Il parvient ainsi à recréer le cadre et l'ambiance de ce voyage dont les scènes de vie mises en valeur par le scénario de Cuadrado nous touchent vraiment.

Et Marc Cuadrado ajoute discrètement un autre élément à cette histoire, la musique, présente par trois morceaux qui sont lancés à tue-tête par les sonos des motos du petit groupe de voyageurs. Marc a choisi la musique en fonction des déplacements de nos héros, par rapport au texte des chansons et de ce qu'elles évoquent non seulement du voyage, mais aussi des situations traversées par les personnages. De « Route66 » à « Viva Las Vegas » en passant par « Motorcyclesong », l'Amérique est bien là. Le mystère restera de savoir quelle version écoute Marc et sa bande sur les routes de l'Ouest Américain, tant ses chansons ont été reprises. Comme nous parlons de Harley et de bikers, on peut se faire une idée rapidement mais prenons garde à éviter les clichés et les jugements trop hâtifs du type Harley = Hard Rock !

Ce tome trois sorti fin septembre, nos auteurs n'ont donc pas encore énormément de retour du public, ni même de leurs compagnons de route dans ce road trip – bien que ces derniers n'aient aucun rôle narratif dans l'album-. Mais cette aventure humaine les a rapprochés et l'histoire qu'ils en ont ramenée nous rapproche également d'eux et de leurs héros fort sympathiques.
Quant à l'avenir, Marc n'est pas fermé à une adaptation ciné ou télé. Et afin d'avoir un prétexte pour ressortir leurs motos, Cuadrado et Margerin réfléchissent sur le potentiel tome quatre.

L'entretien se finit sur quelques échanges et une petite séance de dédicaces. En sortant, nous avons vu la moto de Margerin qui se dorait au soleil, après son périple déroutant dans le dix-huitième.

Que me reste-t-il à faire ? Vous recommander cette série et surtout, si vous avez l'occasion de rencontrer Frank Margerin et Marc Cuadrado, demandez-leur de vous raconter quelques unes des anecdotes qui ont nourri leur récit. Ils le feront probablement avec le même sourire et la même bonne humeur qu'ils nous ont offerts ce matin dans les locaux de Dargaud.

Zéda serait-il Biker dans l'âme au grand étonnement de Marc Cuadrado et Frank Margerin ?

Sons of Giverny, un strip de Zéda pour larticle rencontre Cuadrado et Margerin


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