mardi 6 décembre 2022

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Les passagers du vent – Tome 1 : La fille sous la dunette

Les passagers du vent - Tome 1 : La fille sous la dunette

Titre : Les passagers du vent – Tome 1 : La fille sous la dunette
Auteur : Bourgeon
Editeur : Glénat 
Date : 1980

« Entre le marin et l’albatros, il y a comme une vieille querelle. » Ils sont 775 hommes d’équipage, tous plus vils et brutes les uns que les autres. Certains ne reviendront pas, ils en ont bien conscience, alors c’est une violence quotidienne, ordinaire, silencieuse, qui se nourrit des peurs ignorantes qui se développe sur le navire, qui se marie à des amitiés de fortune, à des solidarités aussi précaires que la vie des matelots. Auraient-ils imaginé, l’espace d’une seconde, que parmi eux, une femme en habits d’homme vagabondait ? Hoel, jeune breton un peu curieux, matelot à haute paye, va vite s’en apercevoir et rencontrer la farouche Isabeau, qui achète son silence en lui assurant sa protection, car Isabeau n’est autre que la favorite du commandant. Le voici alors, un peu contre son gré, obligé de partager l’esprit aventurier de cette jeune femme plus homme que bien des timoniers. 

Le brio de Bourgeon réside sans aucun doute en le brillant mariage d’une documentation riche et d’une rigueur historique implacable avec un attachement tout particulier à représenter le plus humainement possible chacun de ses personnages, auxquels le cadre donne une certaine animalité. Il ne nous encombre pas de détails, mais se contente du minimum de précision qui atteste de la crédibilité chronologique de son récit, sans jamais négliger cette part du défi, mais s’accorde surtout à raconter une histoire, à faire vivre des personnages, qui restent bien des personnages, qui vivent leur fiction, et dont on ne ressent jamais une prétention de faire croire qu’ils existent / ont existé. Cet ensemble scénaristique, de caractère, ambitieux sans pour autant verser dans l’originalité mais plutôt nourri par les fantasmes collectifs et les mythes populaires, dont on n’a de cesse de se régaler, sans aucun doute pour leur simplicité, est portée par une ligne épurée de fourmillements parasites, mais dont le soin ne saurait nous échapper, qu’ils s’agisse du plis de l’étoffe, de la lueur des yeux ou de l’usure de la corde, de l’écume de la mer, du coton blanc mouillé qui colle la peau de la femme ou de la plume de l’albatros qui caresse le visage du marin avant de le déséquilibrer. Surtout, Bourgeon sait, avec la rigueur militaire de son découpage, captiver l’attention de son lecteur, lui épargnant les prouesses graphiques et les cascades irréalistes, alignant des cases comme en BD, et non en s’inspirant du cinéma comme certains de ses pairs. L’ouvrage y gagne en caractère, le tout est rude, presque brute, à l’image de ce qu’il veut dépeindre, avec un réalisme touchant pour la passion qu’il démontre. 

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