jeudi 18 août 2022

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Rencontre avec Philippe Berthet et Régis Hautière pour Perico T1

Il fait incroyablement beau et clair
aujourd’hui, alors que je me rends aux bureaux de Dargaud pour une
nouvelle rencontre.



Curieux contraste, sous ce chaleureux
soleil de février, je vais aborder une histoire bien noire. En
effet, accompagné d’autres collègues rédacteurs, journalistes ou
chroniqueurs, je franchis la porte de la petite salle de réunion
pour rencontrer Règis Hautière et Philippe Berthet.



Les deux hommes ont travaillé ensemble
sur Perico, un one-shot en deux tomes – si, si, c’est possible –
opus d’ouverture de la collection Ligne Noire chez Dargaud.
 La couverture du tome 1 de Périco : angoisse, argent, arme à feu. Tout est dit !




Mais qu’est-ce donc que cette étrange
et nouvelle collection «Ligne Noire » ? Philippe Berthet nous
répond qu’il ne voulait pas se retrouver cantonné aux « Pin-Ups »
jusqu’à la fin de ses jours. En effet, il estime que le pire pour un
artiste est de s’endormir, de tomber dans une routine qui nuit à sa
créativité.





Se rappelant de « Sur la route deSelma » qui l’avait fait passé d’un public enfant à un public plutôt
ado-adultes, Berthet décide alors de partir sur l’illustration d’un
one-shot polar avec un scénariste.



Mais il craignait que ce projet ne
tombe simplement dans le catalogue des one-shot Dargaud. C’était
peut-être l’occasion de créer une collection…



Ainsi est né « Ligne Noire ».
Ce projet a une ligne éditoriale simple. Chaque histoire, dessinée
par Berthet, est écrite par un scénariste différent.



Philippe Berthet, qui s’est rasé depuis le bouc et la moustache. 
Notons le professionnalisme du photographe, qui, pour ne pas perturber la pose du dessinateur, a préféré ne pas l’avertir que le mur derrière lui s’affaissait.
Le récit s’axe sur le roman noir au
sens large, pas de contraintes de temps et d’époque, surtout pas,
car cela permet à Berthet de voyager et de rester en alerte, de se
confronter à de nouvelles écritures, tout en travaillant sur un
genre qu’il apprécie beaucoup.



Le premier volet de cette collection
fut donc lancé avec Régis Hautière.



C’est en découvrant « Abélard », la BD de Régis Hautière, que Berthet fut intéressé par la
manière dont l’auteur avait construit la relation entre les deux
personnages.



Régis Hautière, fort souriant pour trancher avec l’ambiance un brin polar 
de cette image noir et blanc
Les deux hommes ont donc commencé à
travailler ensemble. La première histoire que Régis Hautière a
proposé se déroulait entre New-York et Las Végas, mais Berthet
avait déjà écumé New-York en pinceaux et voulait changer d’air.



Régis Hautière a creusé alors une
autre idée : un road-movie se déroulant dans le Sud des Etats-Unis.
Idée qu’il nourrit grâce à la lecture de « Vendetta »
de RJ Ellory,
roman retraçant l’histoire de la maffia Italo-américaine. Hautière
a trouvé alors les bases de Périco et finalement, les deux premiers
tiers de l’album se passent sur l’île de Cuba, dans les années
cinquante.



Régis
Hautière a donc rédigé l’intrigue de son récit en jonglant avec
toute une série de faits réels. Pour éviter le biopic historique,
il fallait d’abord un fondement fictionnel que Régis a nourri avec
des détails historiques puisés dans la documentation qui
l’entourait. Hautière ne travaille pas qu’avec des sources
historiques, il se plonge aussi dans la littérature de l’époque,
celle qui donne des détails sur le courant de vie, les pensées, et
qui a donné les hits à l’époque. Il cite à titre d’exemple  » Sur la route » de Jack Kerouac.






Dans
Périco, le lecteur découvrira, aux côtés de Joaquin et Livia, les
protagonistes fictifs de l’histoire, des personnages réels, comme le trafiquant
Trafficante
– ça ne s’invente pas -, le général Battista, prédécesseur de Castro ou des lieux ayant
réellement existé, comme le Casino du Sans-souci.



Procéder ainsi permet à Perico de raconter une histoire
simple qui nous entraîne dans le sillage de ses héros, suspendus
aux événements, nous demandant sans cesse, « mais comment tout
cela va-t-il finir ? » et de créer également une ironie
dramatique : nous savons que Battista sera renversé par Castro, et
que ces changements Historiques risquent fortement d’influencer
l’avenir de nos deux héros, mais comment ?



Le
scénario, renforcé par cette rencontre entre histoire et Histoire,
s’enrichit encore plus de certains détails réels, comme le film
que Livia et Joaquin découvrent ensemble au cinéma, ou encore la
chanson que Livia interprète lors de son premier concert au
Sans-souci, tiré pour l’occasion d’un poème de José Marti
.



Car
comment parler de Cuba sans parler de musique ? Et comment réussir à
parler de musique en BD ? L’auteur nous propose une réponse : Avec
un poème.






Régis
Hautière revendique la simplicité de son intrigue, qui lui offre le
temps et l’espace pour développer la psychologie et l’évolution de
ses personnages. Ce qui lui tient à coeur, c’est aussi de faire
évoluer le regard et la perception du lecteur sur ces protagonistes.



Afin
de mettre en place cette histoire graphiquement, Hautière et Berthet
ont demandé un double volume, soit deux fois soixante pages, ce qui
permet de travailler sur des planches allégées en nombre de cases
et de donner à la narration graphique du temps et de l’espace.



Berthet
s’est aussi réjoui de cet intrigue aux ressorts classiques. Le
dessinateur a eu la liberté de pouvoir faire des dessins sur des
demi-pages, d’avoir des planches pouvant s’ouvrir ou se fermer sur de
grandes cases.



Le
second plaisir de Berthet, après l’espace de création offert par
Hautière, a été le travail sur les lumières. La possibilité de
créer des contrastes, dessiner une BD lumineuse implique aussi
forcément des zones d’ombres. Une direction entamée avec « Le Privé d’hollywood » ou « Sur la route de Selma », mais qu’il a poussé encore
plus. L’histoire s’y prêtait, alternant ces moments de calme avec
des pics soudains de violence extrême.



Berthet
et Hautière ont su ne pas basculer dans la sanguinolence gratuite.
Ce qui rend cette violence encore plus forte, c’est sa briéveté :
Quelques cases pour une fin tragique, quelques détails pour une
torture…



Le
duo a été rejoint par Dominique David, la compagne de Berthet, qui a assuré la mise en couleur. Elle
avait envie de laisser l’ordinateur de côté pour revenir à un
travail à l’ancienne, tout en aplats. Berthet était d’accord, à
condition de garder une certaine subjectivité pour marquer
l’ambiance.
Le ciel rouge, la subjectivité à l’état pur
Cette
même subjectivité, Berthet l’utilise pour le découpage des scènes,
afin d’apporter quelque chose de plus aux dessins et d’éviter un classicisme ennuyeux à réaliser, et aussi à lire.




Page silencieuse, le ressac de cette vague jaune, un découpage se resserrant autour du pauvre Joaquin, héros bien involontaire de cette histoire.



Une
fois le dessin achevé, la maquette fut confiée à Franck Sarfati et
son agence de communication. Berthet a suivi le travail qui a abouti
à ce volume de grand format, mélangeant habilement le noir et le
jaune. Il faut reconnaître que l’album, de qualité, est un réel
plaisir à lire.






Depuis
a commencé la tournée de promotion, avec ses belles surprises,
comme cette rencontre sur RFI avec Eduardo Manet qui a retrouvé
dans Périco l’ambiance du Cuba des années cinquante
. Un beauc ompliment pour nos auteurs qui n’ont jamais fait le
voyage !






La suite de cette aventure ? 
Berthet va
travailler avec Zidrou sur la prochaine histoire de « Ligne Noire » devant se
dérouler en Australie. Le reste sera une surprise pour le
dessinateur.



Avec Yves Schlirf, directeur de Dargaud
Benelux, ils ont envisagé de faire l’adaptation de romans noirs.
L’axe se trace et la porte reste ouverte. En attendant ce fameux
nouveau volet avec Zidrou, le tome 2 de Perico, conclusion du
dyptique, sortira en septembre 2014 dans toutes les librairies ! Puis
le rythme idéal serait de réaliser un album par an.






Cette rencontre fut un vrai régal pour moi : quel honneur de rencontrer Philippe Berthet, après toutes ces années où j’ai voyagé au travers de ses BD, quel plaisir de découvrir Régis Hautière – me voilà bien parti pour plonger dans Abélard – et quel bonheur d’entrapercevoir
les méthodes de travail de ces deux auteurs
.



Je quitte les locaux de Dargaud, il
fait toujours aussi beau. Et je souris car contrairement aux idées
reçues, c’est peut-être bien le temps idéal pour un polar !





Zéda tente de s’incruster dans le prochain tome de Périco !







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