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Kernok le Pirate, librement inspiré du roman d’Eugène Sue, la BD d’une histoire elliptique

Série : –
Titre : Kernok le Pirate, librement inspiré du roman d’Eugène Sue
Auteurs : Riff Reb’s (scénario et dessins), adapté d’Eugène Sue
Éditeur : Oxymore
Collection : Noctambule
Année : 2025
Pages : 116 pages
Résumé d’une histoire de colère :
la Bretagne, la nuit des morts. Une ombre se rend chez un couple de naufrageurs, dont la femme a des visions. Bien que refusant toute superstition, Kernok le pirate veut connaître son avenir…
Le scénario du récit d’une âme noire :
Riff Reb’s continue ses adaptations d’histoire de mer, avec cette fois un roman d’Eugène Sue, Kernok le Pirate. Le personnage central se révèle une âme noire, pirate sans foi ni loi autre que celle qu’il décide. On découvre le parcours de ce jeune mousse devenu capitaine, puis pirate. La chute de l’histoire est étonnante, et je ne vous en dirai rien. Au-delà de Kernok, on s’attache aussi à certains membres de son équipage qui prennent plus d’importance, tout en restant discret, au second plan.
C’est un joli pied de nez à la morale que nous offre Eugène Sue et, après lui, Riff Reb’s. Car en commençant l’histoire, on sent bien que le pirate risque de passer à travers les mailles du filet de la justice, malgré son absence totale de morale. Quoiqu’absence de morale ne soit pas le bon terme, puisque Kernok semble avoir des remords, incarnés par un fantôme présent dans ces cauchemars. En tout cas, ça ne l’empêche pas de faire preuve d’un certain humour noir, crachant sur toutes les institutions, dont la religion. L’intrigue avance et fait parfois des ellipses plus ou moins fortes, nous projetant quelques mois, parfois quelques années en avant.
« Kernok le Pirate » n’en reste pas moins un récit cinglant autant par la dureté de son protagoniste que par celle des éléments, mers déchaînées, pluie orageuses étant au programme. Le temps paraît incarner la rudesse de ce récit. Les tronches de Riff Reb’s sont aussi de la partie, un palmarès de portraits qu’on n’oublie pas, de la vieille écorcheuse aux compagnons du pirate, sans oublier la tête même de Kernok, qu’on prend en gros plan dès les premières planches, perdu dans la lande battue par la pluie et le vent. L’atmosphère sombre et immorale de ce récit est renforcée par le trait de Riff Reb’s.

Le dessin entre monochromie et bichromie :
Riff Reb’s s’éloigne de la monochromie qu’il avait explorée, il oscille entre la même technique, des aplats d’une couleur, dans différentes teintes pour créer des variantes et de la profondeur, et l’utilisation d’une bichromie, parfois équilibrée, parfois limitée à un personnage ou à quelques effets, comme des flammes. Ce graphisme, lié au trait précis et net du dessinateur, crée une ambiance particulière, dans laquelle on est happé pour découvrir les méfaits de Kernok.
L’histoire est découpée en chapitres. La composition travaillée rend l’action plus forte, grâce à ces traits qui annoncent le choc imminent d’un combat, cette mise en scène qui fait monter la tension. L’histoire sait aussi désamorcer certains moments devenues clichés depuis Eugène Sue, pour vraiment nous surprendre.
Conclusion d’une BD sur un personnage immoral :
Une histoire qui fouette les idées de morale et de justice immanente, un dessin libéré qui fait ressentir le vent chargé d’iode et les vagues claquantes, le tout réuni dans une BD qui se lit avec plaisir !
Zéda rencontre Kernok.



