jeudi 18 août 2022

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Otto, l’homme réécrit de Marc-Antoine Mathieu, la chronique réécrite !


couverture de "OTTO, l'HOMME REECRIT" de Marc-Antoine Mathieu chez Delcourt
Titre:
Otto, l’homme réécrit

Auteurs :
Marc-Antoine Mathieu (scénario et dessin)

Editeur :
Delcourt

collection
: Hors Collection

Année :
2016

Pages
: 72





Résumé :

Otto
est un artiste contemporain qui réalise des performances autour du
double et des jeux de miroir. Il est mondialement reconnu et on se
bouscule pour le voir. Mais lors de sa nouvelle mise en scène, Otto
est frappé par un vide, un creux que l’on pourrait qualifier de
doute existentiel. Se retirant un temps pour réfléchir sur lui, il
va au même moment apprendre la mort de ses parents et recevoir un
étrange héritage, une malle dans le grenier d’une maison, une malle
qui consigne les résultats d’une incroyable expérience dont, à son
insu, il a été le sujet !



Mon
avis :

Otto,
l’Homme Réécrit est le nouvel opus de Marc-Antoine Mathieu. Une
descente au fond de l’âme, de ce qui nous fait, de ce qui nous rend
unique ou pas selon votre vision du monde. Otto va pouvoir réaliser
quelque chose que personne n’a pu essayer avant lui, se plonger dans
sa propre vie, étape par étape, jour après jour, heure après
heure, seconde après seconde. A partir de là, cet artiste qui a
perdu ses repères, qui espère (re)trouver un sens, va interpréter
son propre passé.

Et
c’est là où Marc-Antoine Mathieu réalise une belle pirouette. Otto
dispose de tous les éléments objectifs de son passé :
Enregistrements, photos, journal de bord, tout ce qu’on peut espérer.
En décortiquant toutes ces données, il va retrouver les causes de
ses obsessions, de ses envies, de ses peurs. Mais n’est-ce pas
subjectivement qu’il va analyser tout cela ? N’est-il pas influencé
par son propre vécu, par sa propre manière de voir le monde, qui
n’a plus rien d’objective ?

Au
fil de cette œuvre, c’est un fil que Otto déroule et nous le
suivons. L’artiste se rapproche de plus en plus de l’origine de sa
vie. Mais est-ce qu’un homme à la dérive est en état de comprendre
correctement sa propre vie ?


Pourtant,
le double fait partie de l’univers d’Otto. Se mettre en scène, se
refléter, donner un sens à cette pantomime définit son métier
d’artiste. Pour autant, c’est son regard d’artiste, son regard
subjectif qui lui permet de réaliser tout cela.

Otto
peut-il se fier à ses propres jugements, surtout quand ceux-ci
doivent concerner sa propre vie !

Marc-Antoine
Mathieu nous renvoie à nous-mêmes. Sommes-nous aptes à juger des
causes qui ont engendré nos actes ? Sommes-nous aptes à savoir même
quelles sont les causes véritables, profondes, de nos actes ? Et les
causes de ces causes ? Et les causes des causes de ces causes ? Y
a-t-il une cause originelle à tout cela ? Y aurait-il une cause
originelle à nos actes, à ce que nous sommes, remontant jusqu’avant
notre naissance ? Comment la cerner, la trouver ? Et qui pourrait
prétendre le faire ?

En
creusant un peu plus, on pourrait se demander s’il y a une cause, une
raison à la vie, un sens à tout cela ? Est-ce que l’homme est le
mieux placé pour trouver une signification à son existence ? Après
tout, comme l’ont montré la physique et la biologie, le sujet qu’on
observe réagit au fait d’être observé et n’est plus en condition
naturelle. Comment alors interpréter ses actes ? Comment connaître
ses réactions, puisqu’elles sont biaisées par l’observation ?

Otto
est face à des archives, il ne peut les biaiser. On peut se dire que
le lecteur n’influence pas la feuille de papier qu’il tient ou
l’encre qui la recouvre. Et pourtant, le lecteur lit les mots, leur
donne un sens, une importance dans la phrase qui ne dépend que de
lui, et qui n’est peut-être pas celle de l’auteur. Dans le cas
d’archives, où les données s’entassent sans sens aucun, c’est notre
regard qui leur donne, qui crée une interprétation, qui relie des
éléments en les désignant comme cause ou comme effet.

Voilà
exactement ce que fait Otto. Pour mettre en avant cette idée,
Marc-Antoine Mathieu ne s’égare pas à nous montrer des éléments
de la jeunesse d’Otto, au contraire, nous restons avec cet homme et
ces interprétations, il découvre d’où vient sa vocation d’artiste,
et il se rappelle des souvenirs fugaces. Mais ce dont il se rappelle,
est-ce vraiment la sensation qu’il a éprouvée jeune ? N’est-elle
pas déformée par la trace laissée dans son inconscient, ou son
conscient ? 
 

Pour
nous distancier plus d’Otto, la narration est confiée à quelqu’un
d’extérieur, dont nous ne saurons jamais l’identité. Porte ouverte,
là encore, aux supputations et aux questionnements.

Tenez,
pour poursuivre la descente – ou l’ascension – vertigineuse de
ces réflexions : Ce que je vous dis de cette BD correspond à ce que
j’ai ressenti en la lisant. Mais je suis forcément influencé par ce
que je suis, au fond, par qui j’étais au moment de la lecture. Et en
allant plus loin, au moment où j’écris ces lignes, je suis
influencé par mon état d’esprit du moment, par mon humeur, par
d’autres éléments de la journée. Me voilà donc au moment où
j’écris ce dont je me rappelle, ce que je pense avoir ressenti au
moment où j’ai lu cette BD. Et le raisonnement marchera aussi avec
vous, lecteurs.

Vous
serez dans un état d’esprit particulier, au moment où vous lirez
ces lignes, où vous lisez ces lignes, qui vous fera percevoir ce que
j’ai écrit au moment où je l’ai écrit, tentant moi-même de
décrypter ce que je ressentais, au moment où je le ressentais, donc
en lisant cette BD, tentant de comprendre ce que Marc-Antoine Mathieu
voulait faire passer au moment où il la dessinait, étape
différenciée du moment où il l’a conçue ! Vous me suivez toujours
?

Si
c’est trop effrayant, vous pouvez déjà sauter deux étapes en
allant directement lire cette fascinante BD.


Vertigineux, non ?


Je
pourrais m’arrêter là – ou pas – mais ce serait dommage de ne pas
évoquer le dessin de Marc-Antoine Mathieu.

Du
noir et blanc, avec du gris. Un dessin stylisé dans un format à
l’italienne ou en paysage si vous préférez. Des cases où le texte
figure en-dessous, dans un carton. Une narration qui fait la part
belle aux dessins et une mise en scène qui procède par avancée, ou
plutôt plongée – autant en terme de cadrage qu’en action de
sauter dans le vide – dans l’image et dans l’esprit de Otto. Si
bien qu’au bout d’un moment, il devient compliqué de faire la part
des choses. Marc-Antoine Mathieu, qui a déjà montré sa maîtrise
du travelling sans fin – ou presque – nous montre graphiquement
comment l’infiniment petit peut rejoindre l’infiniment grand.

C’est
avec talent qu’il met en image le vieil adage « Ce qui est en
haut est en bas, et ce qui est en bas est en haut ! ». A ne pas
interpréter dans le sens basique que si vous regardez le plafond,
vous y verrez vos chaussures !

Les
cases sont simples en apparence et belles par leur composition où
les lignes se renvoient les unes autres autres, où les courbes se
reflètent ou se répètent à différentes échelles, où les
métaphores passent par le dessin et non plus par les mots. Et où
Otto et son reflet sont présents, quelque part dans l’image, se
renvoyant éternellement la balle dans ce récit que Marc-Antoine
Mathieu offre à notre regard.



Et
pour ne pas simplifier les choses, voici « Intrusion »un
portrait de Marc-Antoine Mathieu :



Les
questions soulevées par cette BD se répercutent dans ses cases et
rebondissent ainsi jusqu’à nous avec encore plus d’énergie. Y
trouverons-nous une réponse ? Marc-Antoine Mathieu ébauche une
piste, à chacun de continuer le chemin.






Zéda
face à Otto…






L'HOMME DESECRIT" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "OTTO, l'HOMME REECRIT" de Marc-Antoine Mathieu chez Delcourt

David
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