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French Theory, itinéraires d’une pensée rebelle, la BD d’un mouvement d’idées

Série : –
Titre : French Theory, itinéraires d’une pensée rebelle
Auteurs : François Cusset (scénario), Thomas Daquin (dessins)
Éditeur : Delcourt
Collection : La Découverte
Année : 2025
Pages : 216
Résumé d’une histoire de trajectoires de pensée :
6 janvier 2021, des américains prennent d’assaut le capitole en signe de refus de la défaite de Donald Trump aux élections. Un an pus tard, à la Sorbonne, un colloque se tient où Jean-Michel Blanquer parle du mouvement Woke, qu’il juge comme une maladie dont il faut trouver le vaccin. Pour lui, la french theory est responsable du wokisme ! Mais qu’est-ce que la french theory ?
Le scénario d’un récit sur des penseurs de terrain :
François Cusset nous explique la French Theory, dont certains annoncent qu’elle est à l’origine du wokisme. À mon avis, ça aurait été intéressant de définir le wokisme, car ce mouvement n’est pas forcément clair pour tout le monde, et bien des personnes y mettent des choses différentes. La BD se penche sur l’explication de ce lien entre wokisme et french theory, sur rapports entre France et USA. Pour cela, elle remonte aux années soixante, quand Jacques Derrida et Jacques Lacan sont invités par une université américaine pour parler du structuralisme (ne me demandez pas de vous expliquer ce que c’est, Wikipédia le fera mieux que moi). Jacques Derrida informe que le structuralisme, qui se développe dans ces années-là, est en fait dépassé. On arrive au post-structuralisme, le nom savant de la french theory. Dans les années soixante-dix, tout cela va se préciser (ou pas). Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Félix Guattari et Jean Baudrillard vont développer des réflexions sociologiques, des analyses de la société, des pensées philosophiques qui vont ouvrir des portes de réflexions nouvelles voulant décloisonner la société, dénoncer le pouvoir en place et ses abus invisibles. Ces approches permettent aux minorités (ethniques, religieuses, genrées et autres) de revendiquer leur droit et d’exprimer leur différence sur un socle philosophique. Et quelques décennies plus tard, cela va donner l’arrivée du terme woke pour désigner ceux et celles qui pensent différemment de l’ordre établi (attention, cette phrase n’engage que moi et ce que j’ai compris et pas les auteurs de la BD, et encore moins Jacques Derrida et ses compagnons de pensées). Entre-temps, tous ces penseurs, qui n’ont pas formé une école ou un mouvement de pensée, mais qui ont émergé en même temps, ont été amalgamés dans la French Theory par les américains. Et ils ont été oubliés en France. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’on les remet à l’ordre du jour et qu’on se penche sur leur pensée.
Cette BD retrace l’histoire de la french theory, de son (in)compréhension par les américains, sa digestion et de l’inspiration qu’elle a apporté à d’autres philosophes du monde dans les décennies suivantes. Elle définit les raisonnements de ces penseurs par des symboliques fortes, pour mieux les comprendre. Après cela, il nous reste à lire ces auteurs. Cette BD constitue donc une approche historique et théorique intéressante. Elle nous ouvre la porte de ces auteurs qui ont, sans s’en rendre compte, révolutionné notre vision du monde (ou du moins la vision de certaines personnes). Heureusement, leurs œuvres sont citées et certaines listées à la fin de la BD, pour nous diriger un peu dans l’ensemble de leurs écrits.
Et pour revenir à l’aspect théorique, il est mis en image d’une manière étonnante, qui permet de comprendre en condensé les idées défendues par la french theory.

Le dessin décomposé :
Thomas Daquin nous offre un trait coloré et courbe. Les personnages, que l’on reconnaît si on a eu l’occasion de voir leurs photos et les décors, sont dessinés tout en rondeur. Les couleurs vivantes, qui contrastent parfois entre elles, permettent d’apporter une dynamique au dessin.
Mais le travail tout en profondeur apparaît dans une mise en page décomposée, pour ne pas dire déconstruite en hommage à Jacques Derrida. Certaines planches suivent une composition habituelle, des cases se succédant sur une page, tandis que d’autres explosent le cadre pour nous offrir de belles immersions. Cela permet d’avoir une description dessinée intéressante des concepts posés par Michel Foucault, Jacques Derrida et leurs collègues philosophes et sociologues.
Le dessin rend ainsi certains concepts plus accessibles, mais ne vous y fiez pas, il vous faudra vous concentrer pour profiter pleinement de cette BD qui nous apprend des choses en même temps qu’elle nous fait réfléchir.
Conclusion d’une BD instructive :
Cette BD est une belle occasion de comprendre le parcours dans l’espace et le temps qu’ont effectué les théories de Derrida, Foucault, Baudrillard, Deleuze et Gattari. Elle parle aussi des penseurs et des penseuses qu’ils ont inspirés.
Zéda croise Jacques Derrida.



