Jim Bishop conclut sa trilogie de l’enfance avec un album d’une grande puissance graphique flirtant entre angoisse et malaise, porté par un scénario d’une grande ingéniosité. Plongez dans L’Enfantôme et ouvrez grands vos yeux !

Titre: L’Enfantôme
Auteur: Jim Bishop
Éditeur: Glénat
Année: 2025
Pages: 224
Sommaire de l'article
Point de Départ de L’Enfantôme.
Celui que l’on surnomme le boutonneux, un looser en bonne et due forme, accro aux jeux de société, en échec scolaire et vraiment peu aidé par la recrudescence d’hormones est convoqué chez le C.I.O. Dans ce bureau envahi par l’imposante figure de Mr Marano, deux autres élèves sont présents : Mims et Dadou. A eux-trois, ils sont les élèves les plus nuls du collège !
Qu’à cela ne tienne, Mr Marano leur adjoint un contrat de réussite. Soit ils réussissent à l’examen final soit leurs parents les tuent. Simple et efficace.

De cet angoissant échange né une amitié entre Mims et le boutonneux. Elle l’initie au manga et le renomme Pimple Boy, ensemble ils se comprennent, ensemble le jugement des autres pèse beaucoup moins. De l’autre côté de cette alchimie, leur monde prend un virage cauchemardesque, les adultes semblent déformés par la colère et les menaces de mort se font réelles. Il faut donc à tout prix reprendre en main le cours de sa scolarité et réussir coûte que coûte…
Un récit en 2 temps.
L’album se compose en deux parties bien distinctes. La première fait vraiment la bascule dans le quotidien angoissant, mortifère et terrifiant dans lequel Mims et Jacques (le vrai prénom de notre jeune protagoniste) se retrouvent. Elle met aussi, au cœur de ce cauchemar, la rencontre salutaire et l’amitié puissante qui unit nos jeunes ados.
La seconde partie, elle, est un grand révélateur des messages que l’auteur-illustrateur-magicien nous fait passer. Mims et Pimple Boy sont devenus des enfantômes, affranchis de tous jugements, malaises, attentes. Ils n’ont plus de souvenirs mais ont la légèreté de l’innocence. C’est alors que la Mort les surprend et leur explique qu’il est encore temps de retrouver leurs vivants, car sans eux ils n’ont plus de joie et risquent de mourir, tout entier. Ils prennent donc la décision de partir à la recherche de leurs propres corps. Malheureusement, suite à une petite déconvenue, ils se retrouvent séparés. Fantôme Jacques va alors mettre tout en œuvre pour retrouver son vivant, seul.

Grâce à la rencontre fortuite avec l’inspecteur Postmortem, fantôme spécialisé dans l’aide aux âmes en peine, l’enquête débute. Du côté de son vivant, Le Boutonneux a grandi, délaissé son acné juvénile pour les joies de France Travail. Il vit une vie monotone, pleine de faux semblants. Tout cela est peut-être sur le point de changer…
Le scénario ingénieux de L’Enfantôme.
Allégorie horrifique de ce que le système scolaire impose aux enfants : se conformer au carcan sociétal. Cet album est une merveille d’ingéniosité scénaristique. Sous couvert de fantastique, Jim Bishop fustige et dénonce les yeux qui jugent. Ceux-là même qui nous imposent d’être comme la société l’entend, qui nous musèlent ou nous harcèlent et nous tuent, parfois.
L’auteur y délivre des messages d’une grande importance. Il place au cœur de son récit des adolescents qui se cherchent, qui ne rentrent pas dans les cases préconçues mais qui ne manquent pas de talent. Ses ambiances malaisantes amènent le lectorat dans le tréfond des difficiles angoisses que les ados peuvent endurer.

Dans cette ambiance cauchemardesque où les visages sont déformés par la haine de ce qu’ils appellent différence, l’auteur ouvre une porte de sortie. Une lumière infime mais réelle qui peut nous sauver la vie.
Une plongée graphique puissante.
Le dessin de Jim Bishop a un ancrage puissant dans les décors réalistes mais déforme sciemment certains détails corporels, renforçant le sentiment d’horreur, de gêne et d’angoisse. Habilement maîtrisé et faisant fie de coller à la réalité, dans « L’Enfantôme », il abandonne le conformisme des proportions pour servir sa narration de la meilleure façon.

La palette de couleurs est vive et contraste avec la dureté des propos. Elle permet d’appuyer intensément le sentiment de culpabilité qui habite certains ados. Celui de ne pas être à la hauteur, de décevoir, de ne pas être à sa place.
Le dessin de Jim Bishop nous amène très loin dans le sentiment de dégoût, nous invitant au plus près de la puissance de ses messages. Quel tour de force !
Conclusion en apothéose.
L’auteur conclut sa trilogie de l’enfance avec cet album, son plus intense. Il porte la détresse des adolescents avec une incroyable force. Il nous emmène loin dans notre sentiment d’horreur et de dégout pour nous confronter implacablement à ce que certains élèvent endurent et traversent au cours de leurs vies.
Un coup de coeur puissant qui résonnera chez tout à chacun de bien des manières mais qui ne pourra laisser personne indifférent.


