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Pachush Blues T9 et 10, Relecture du Mythe de Frankenstein

Titre : Pacush Blues T9&10 : Relecture du Mythe de Frankenstein
Editeur : Vents d'Ouest
Auteur : Ptiluc
Année : 1996 & 1997

Résumé :
Au cœur d'un no man's land, des tribus de rats se font la guerre jusqu'à extermination totale. Un survivant se redresse, vivant mais blessé, du dernier massacre. Devant la masse des morts accumulés, il décide d'agir Enfin plutôt de réagir. Et il ne trouve rien de mieux à faire que de décider de donner la vie à une créature improbable, faite de l'assemblage des corps mutilés du champ de bataille. Reste une question essentielle, ce prétendu Super-Rat, qui doit ramener la paix par sa conscience élevée, quel cerveau lui donner ?



Cette relecture du mythe de Frankenstein jongle allègrement avec la mort, la philosophie, la diplomatie, l'humour et l'amour. Un sacré bazar que Ptiluc arrive à structurer tout en gardant un petite dose de désordre.
L'objectif du héros, un rat anonyme comme tous les autres héros de Pacush Blues, est simple. Pourtant, au fur et à mesure de l'aventure, il se complexifie de plus en plus. Au départ, il veut amener la paix en créant un sur-rat capable de calmer ces guerres incessantes qui déciment sa race, puis il se retrouve emporté par ce jeu du savant fou.
Les obstacles qui se dressent sur sa route sont de plus en plus fort, physiques, psychologiques, moraux... Toutes les barrières possibles et imaginables viennent l'aider ou contrecarrer ses projets.



Les personnages secondaires sont curieusement attachants: La petite assistante privée de jambes, le chef de tribu qui tient plus du chef de gang et se révèle être un expert en géopolitique, et que dire de cet étrange témoin qui observe toute cette histoire dans l'ombre. Narrateur qui va devenir partie prenante de cette épopée.
Un problème récurrent s'impose à tous ces personnages ! Comme dans chaque tome, la violence est omniprésente. Elle est d'autant plus dure qu'elle fait partie d'un quotidien, d'un mode de vie et ne choque plus personne.
Cette nouvelle version de Frankenstein, bien que débouchant sur une fin originale et bien amenée par l'auteur, comporte, à mon goût, un point faible.
Dans les précédents tomes de la série, les réflexions philosophiques des personnages étaient contrebalancés par l'humour, soit dans leur manière de parler (une absence de langage soutenu contrastant avec que que j'avais l'habitude de voir en philo), soit par leur manière de raisonner. Ici, les réflexions philosophiques reviennent, mais prennent beaucoup de place et quelque fois au détriment de l'action. J'ai trouvé cela dommage, car précédemment, ces réflexions faisaient partie de l'action. En disant cela, je repense à Jefferson ou le Mal de Vivre, le tome deux de la série, entre autres...
Sur ces deux tomes, certains passages rhétoriques servent l'histoire, d'autres semblent la ralentir. Mais c'est bien là le seul défaut narratif de ce double album. Je me suis vraiment amusé à tomber de surprise en surprise.
Ptiluc prend un malin plaisir à nous dépeindre des modes de pensées qui m'ont rappelé beaucoup d'hommes. L'absurde de la condition des rats renvoient très efficacement à l'absurde de certaines situations humaines. En poussant le trait dans son monde de rats, Ptiluc nous représente quand même assez bien notre univers humain avec ses guerres incessantes, ses ambitions démiurgiques, sa folie latente qui donne, après shaker, un bon gros bordel ! Bienvenue sur terre !

Graphiquement, Ptiluc utilise un style imparable. Ses rats, bien que tous identiques, sont certes peu reconnaissables, à part à quelques traits d'apparence ou quelques accessoires, mais quelle expressivité ! Leurs émotions se lisent sans encombre sur leurs visages. Le trait est dynamique et apporte vraiment une énergie à l'histoire qui n'en manque déjà pas.
Les couleurs demeurent assez neutres. Au bout d'un moment, ce sont les éléments de décor qui me permettent de me repérer, et plus les couleurs. Les décors restent assez simples. Un objet, un trait sur un mur et on sait tout de suite si on est dehors ou dedans. Cette simplicité ne nuit jamais à la narration.
Le cadrage, assez classique, comporte trois à quatre bandes de une à quatre cases. Mais pour apporter de la variété, Ptiliuc jongle avec cette contrainte. Certaines cases empiètent sur leurs voisines, d'autres sont plus grandes, tronquées, de format polygonales. Cette richesse casse le train-train de lecture. Et je trouve cela très bien.
Les angles de vue, tout en classicisme, permettent toujours de bien suivre l'histoire. Ptiluc n'abuse pas des effets et nous livre un récit cohérent où le cadre sert l'action.

Au final, un moment très agréable, surtout quand on apprécie la patte de Ptiluc et qu'on s'est grandement attaché, comme moi, au cours de ces années, à ces hordes de rats pensant parfois tout aussi mal, parfois un peu mieux que bien des hommes...





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