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vendredi 27 septembre 2019

Traité comme une bête, compte rendu des 22 jours de captivité de Kim Keun-Tae, la chronique captivée

Traité comme une bête, compte rendu des 22 jours de captivité de Kim Keun-Tae

couverture de "Traité comme une bête, compte rendu des 22 jours de captivité de Kim Keun-Tae" par Park Kun-Woong chez La boîte à bulles
Titre : Traité comme une bête, compte rendu des 22 jours de captivité de Kim Keun-Tae
Auteur : Park Kun-Woong (scénario et dessin)
Éditeur : La boîte à bulles
Collection : Contre-coeur
Année : 2019
Page : 576

Résumé oppressant :

Kim Keun-Tae est recherché par la police. Il se cache et fuit dans les rues de Séoul. Au cours de ses errances, il rencontre une jeune femme, In Jae-Keun, elle aussi recherchée. Les deux jeunes en cavale ont en fait défendu l'idée de démocratie dans une Corée du Sud sous dictature...
Une idylle va naître pendant cette fuite incessante. Bien des années plus tard, Yi Ki-Yeong est un jeune auteur de Manhwa qui réalise un sujet sur Kim Keun-Tae. Toutes les briques se mettent en place pour arriver au moment où Kim Keun-Tae va être arrêté et conduit au service d'interrogation de Namyeongdong où l'horreur va commencer.

Scénario du journal d'un torturé :

Ce récit prend rapidement au tripes. Le titre ne laisse pas d’ambigüité sur ce qu'on nous raconte. Aussi la tension s'installe dès le début car on sait que Kim Keun-Tae va être capturé et "interrogé" violemment. Mais quand les événements arrivent, on tombe dans un récit hallucinant d'horreur. Car Kim Keun-Tae ne se contente pas de décrire la torture, les tortures qu'on lui inflige, il nous en explique aussi le ressenti, les affres émotionnelles qu'il traverse, son évolution physique et psychologique, ses liens avec les bourreaux. On se sent projeté dans ces 22 jours.
La seule raison qui fait que l'on tient le coup à la lecture, ce sont les pauses où l'on retrouve Yi Ki-Yeong, avatar de papier de l'auteur, Park Kun-Woong. Yi Ki-Yeong a aussi un parcours difficile dans cette Corée rongée par la dictature et l'oppression. mais il vit une situation plus douce que celle de Kim Keun-Tae - ce qui n'est pas difficile en soi -, cela permet de s'aérer des salles de torture du centre de Namyeongdong.
La torture repose sur des méthodes classiques et éprouvées, et l'on pourrait se dire "j'ai déjà vu ça avant" mais le fait qu'on se retrouve plongé dans les pensées de Kim Keun-Tae pendant les séances de violence rend le récit encore plus poignant, plus horrible.
On comprend alors très vite que 22 jours, c'est déjà bien bien bien trop long !
Ce récit nécessaire permet de prendre conscience de ce qu'a traversé Kim Keun-Tae mais aussi, à travers lui, ce qu'ont traversé toutes les victimes de torture dans le monde. Quand on réalise l'absurdité de ce qui a amené le protagoniste là, de cette machine qui s'emballe, on ne peut que proscrire de tels procédés ! Même interdite, la torture existe encore de nos jours. Ce témoignage permet de réaliser, comme une claque, pourquoi cela ne peut pas continuer.
Le récit se finit avec des photos du service d'interrogation, un glossaire sur la situation de la Corée et les événements de la période de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt, et une lettre de la femme de Feu Kim Keun-Tae.
Mais le plus marquant dans les documents de fin de récit, c'est cette petite page qui explique les souffrances et les douleurs qui ont hanté Kim Keun-Tae toute sa vie après ces 22 jours. Et pourtant, il est devenu député et ministre de la santé.
Une figure d'exemple dont l'histoire nous est conté avec talent par Park Kun-Woong.




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page de "Traité comme une bête, compte rendu des 22 jours de captivité de Kim Keun-Tae" par Park Kun-Woong chez La boîte à bulles


Le dessin noir comme l'âme des bourreaux :

Le dessin noir et blanc, avec cette encre noire, dense, sert magnifiquement le récit. Les personnages stylisés, simplifiés traversent l'histoire dans une mise en scène parfois symbolique qui nous fait mieux comprendre les situations et émotions traversées.
Ces petites cases, où parfois apparaissent comme des traces de fusain, ce noir qui avale toute sérénité et laisse flotter une angoisse lourde, l'horreur représentée sans voile, tout est pensé avec talent par l'auteur.
Comme la présence de la musique qui parcourt ce récit fleuve de quasi six cent pages. Musique qui rappelle la liberté, mais aussi paradoxalement qui devient part de la torture.
Le style rond ou anguleux selon les situations fonctionne bien. Au travers d'une page, Park Kun-Woong nous offre des expériences graphiques toutes marquantes car liées à la narration même de ce compte rendu.
Les compositions de page jouent souvent sur le découpage d'une même image en plusieurs cases, chaque case racontant quelque chose, et la vue d'ensemble de la page racontant d'un seul trait une scène. L'auteur utilise cette technique pour poser des décors, des ambiances, ou même pour parler de la torture.

Conclusion sur un compte rendu inoubliable :  

Une BD à lire absolument, pour prendre conscience de l'horreur de la torture mais aussi pour découvrir - si vous ne les connaissiez pas - les travaux d'un auteur qui se penche sur l'histoire de son pays, dans ce qu'elle a de vraiment dur voire insupportable. Un devoir de mémoire à lire !

Zéda aide Kim Keun-Tae à sa manière.


"LE TORT TURANDOT" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "Traité comme une bête, compte rendu des 22 jours de captivité de Kim Keun-Tae" par Park Kun-Woong chez La boîte à bulles


David

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